Annie Richard et sa fille, Tamarah, espèrent que leur histoire fera réfléchir et provoquera des conversations chez les parents et leurs ados.

Une ado échappe au leurre d’un présumé pédophile

SAINT-BONIFACE — Une jeune fille de 13 ans de Saint-Boniface a échappé à une tentative de leurre informatique de la part d’un présumé pédophile grâce à sa vigilance et sa présence d’esprit. Sa mère, Annie Richard, souhaite aujourd’hui lancer un message de prévention pour les parents et les adolescents, sachant que ces derniers sont de plus en plus vulnérables sur les réseaux sociaux.

La jeune Tamarah naviguait sur Facebook samedi lorsqu’une personne a tenté d’entrer en communication avec elle via la messagerie Messenger. La personne se faisait passer pour une responsable du recrutement pour les magasins de sous-vêtements La Senza. Elle disait chercher des modèles entre 12 et 28 ans pour une nouvelle collection de sous-vêtements et de maillots de bain. La personne la complimentait, lui disant qu’elle la trouvait très jolie et croyant qu’elle ferait une bonne candidate pour la future mannequin recherchée.

«Aussitôt qu’elle a reçu ce message, elle est venue me voir parce qu’elle trouvait que ce n’était pas normal. Je suis tout de suite allée voir, et je lui ai dit qu’elle avait bien fait de venir m’en parler parce qu’il était clair que c’était une attrape. C’est une évidence que les agences de recrutement ne fonctionnent pas comme ça. D’ailleurs le message était bourré de fautes d’orthographe», se souvient Annie Richard, qui a alors entamé la conversation avec l’interlocuteur, se faisant passer pour sa fille.

«Je voulais montrer à mes filles jusqu’où ça pouvait aller et à quel point ils pouvaient devenir insistants», ajoute-t-elle.

Rapidement, l’interlocuteur demande à Mme Richard, pensant parler à la jeune fille de 13 ans, de se rendre dans la salle de bain et de lui envoyer des photos d’elle en sous-vêtements. Évidemment, Mme Richard ne s’est pas exécutée, soulignant plutôt à l’interlocuteur sa crainte et lui disant qu’elle aimerait mieux en parler à ses parents avant. La personne tente de l’en dissuader. Mme Richard tente ensuite de gagner du temps en disant qu’elle se prend en photo mais qu’elle n’est pas satisfaite du résultat. La personne insiste pour qu’elle envoie la photo le plus rapidement possible, lui disant qu’elle jugera par elle-même si la photo convient à sa demande. L’interlocuteur commence à mettre de la pression, en lui disant que le contrat de mannequinat sera lucratif, qu’elle pourrait toucher 2000 $, mais qu’elle est aussi pressée, qu’elle n’a pas que ça à faire et que si la jeune fille ne s’exécute pas, elle passera à la candidate suivante.

Rapidement, la mère a mis fin à la conversation en dévoilant son identité et indiquant à la personne qu’elle porterait plainte à la police, ce qu’elle a fait lundi matin auprès de la Sûreté du Québec. À titre préventif, elle a également diffusé les captures d’écrans de sa conversation, afin de montrer aux internautes à quel point les prédateurs sont actifs sur le web et prêts à tout pour arriver à leurs fins.

La Sûreté du Québec a ouvert une enquête dans ce dossier à la suite de la plainte de Mme Richard.

Communication
Annie Richard avait une seule exigence lorsque ses adolescentes ont voulu avoir leur propre compte Facebook: elle devait avoir accès en tout temps à leur compte. «Je reçois aussi un courriel dès qu’elles ont une nouvelle demande d’amitié. On a une excellente communication, mes filles et moi, et on parle de tout. Ma fille a eu confiance de venir me voir lorsqu’elle avait un doute quant à la demande qu’elle venait de recevoir, possiblement parce qu’on a déjà beaucoup parlé de ça à la maison», constate la dame, qui encourage tous les parents à en parler ouvertement avec leurs enfants.

Ce n’est pas la première fois qu’un inconnu tente de soutirer des photos par Internet. Une de ses filles avait déjà reçu une demande semblable d’un jeune qu’elle avait rencontré en jouant à un jeu en ligne. Toutefois, il est vite apparu que la personne derrière cette identité utilisait un faux compte. Encore une fois, la jeune femme a été vive d’esprit.

«Il y en a tellement, à tous les jours, qui tentent leur coup par Internet. Je veux que ça fasse réfléchir les parents et les jeunes. Si notre histoire peut en aider d’autres, ce sera tant mieux», mentionne-t-elle.

Inconnu
À la Sûreté du Québec, on est catégorique: jamais une personne ne devrait envoyer de photos intimes ou osées sur les réseaux sociaux, même en message privé, et même à des personnes dont on est convaincu de l’identité. «En bout de ligne, qu’on soit sur Internet ou dans la rue, c’est la même chose. Un jeune qui se fait approcher par un inconnu sur la rue, on lui apprend à se méfier, et c’est pareil sur le web. On n’est jamais très loin d’un cas de sextorsion. Dans le cas présent, on demandait à la jeune fille une photo en sous-vêtements, mais une fois qu’on a le doigt dans l’engrenage, ça peut aller plus loin et rapidement», constate la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Cette dernière rappelle que même le partage d’une photo intime à son petit ami peut mal se terminer le jour où l’autre personne, bien ou mal intentionnée, diffuse l’image de façon plus large. Des cas ont récemment été rapportés dans plusieurs écoles au Québec, rappelons-le. «On encourage les parents à discuter avec les jeunes afin de les faire réfléchir aux risques et problèmes que tout ça peut entraîner. Il faut que le jeune, en cas de doute, sache qu’il peut toujours aller vers son parent pour en discuter», ajoute-t-elle.