Des femmes qui se prostituaient au profit du Gatinois ont raconté leur calvaire, la semaine dernière.

Un proxénète a dû écouter ses victimes

Une peine de 5 ans de prison a été imposée à Danny Bastien, un proxénète gatinois ayant amoché la vie de nombreuses femmes, en les réduisant à l’état de chair humaine pendant des mois, de Cornwall à Niagara, en passant par Gatineau et Ottawa.

Avant de prendre le chemin du pénitencier, le Gatinois de 29 ans a dû écouter ses victimes raconter « leur vie, après lui ». Sa sentence a été rendue par le juge Richard Meredtih au début du mois de décembre.

Dès son enquête sur remise en liberté, en novembre, Danny Bastien a plaidé coupable des nombreux chefs de proxénétisme qui pesaient contre lui. La preuve amassée par l’Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme (EILP) lui semblait trop forte pour se déculpabiliser de quoi que ce soit.

Cette escouade, créée par Québec en 2017, réunit 25 policiers de Montréal, Québec, Gatineau, Longueuil et Laval. Deux enquêteurs gatinois font partie de cette unité spécialisée dans la traite de personnes.

Des femmes qui se prostituaient au profit du Gatinois ont raconté leur calvaire, la semaine dernière.

Troubles alimentaires, choc post-traumatique, dépression, pertes financières, division familiale, crainte pour la sécurité, insomnie... La liste est longue, et bien loin des photos de femmes idylliques servant à vendre leur corps sur des sites de services d’escortes.

Corps tremblant, l’une d’elles a expliqué comment elle survivait à un choc post-traumatique. « Je ferme ma porte de chambre à clé, la nuit. J’ai peur de me faire battre. »

Ses pertes de mémoire et ses cauchemars ont fait d’elle une personne bien différente de la femme enjouée qu’elle était avant de rencontrer Danny Bastien.

Sa carrière dans l’industrie hôtelière lui rappelle trop souvent ses interminables séjours dans des chambres, à accueillir des clients peu recommandables.

« J’ai fait un infarctus et j’ai encore des douleurs constantes à l’abdomen », lance une victime.

Une autre femme a raconté comment elle s’était éloignée de sa famille et de ses amis. « J’ai falsifié ma vie. »

La plupart des victimes de cette traite humaine demeurent incapables d’approcher des hommes, d’avoir des relations sexuelles, ou de faire confiance à leur entourage.

Et même avec un conjoint bon et compréhensif, la vie n’est plus pareille. 

« Ça me rappelle trop mes clients », rajoute l’une d’elles.

La réalité quotidienne d’une autre victime se traduit par une sensation d’être constamment épiée. « Je me promène avec un couteau, dans mon appartement. »

Une quatrième femme décrit ses problèmes de consommation de drogue, toujours persistants. « J’ai peur de tous les gens qui m’entourent. Si cet homme (Danny Bastien) passe le plus de temps possible en prison, j’espère que cela me donnera du temps pour me reconstruire.