Selon le TAT, la lettre de suspension constitue une sanction à l’encontre des activités syndicales de M. Leblanc.

Un président syndical blanchi

Le Tribunal administratif du Travail (TAT) annule la suspension du chef syndical des éducateurs spécialisés du Centre jeunesse de l’Outaouais, accusé par la direction d’avoir fait preuve d’« incivilité » dans la rédaction d’une lettre dénonçant le manque de ressources.

Le président du Syndicat des professionnels et des techniciens de l’Outaouais, Martin Leblanc, a eu gain de cause, le 17 juillet dernier.

Le juge administratif Yves Lemieux s’est rangé derrière les arguments du président syndical, et ordonné au Centre intégré de santé et de services sociaux  de l’Outaouais (CISSSO) de retirer la lettre de suspension ajoutée au dossier de M. Leblanc, le 8 juin 2017.

Sa suspension d’une journée a été la réponse de son employeur, qui n’a pas apprécié la lettre qu’il avait fait parvenir au directeur des programmes jeunesse du CISSSO, Martin Vachon, ainsi qu’à neuf autres personnes.

Le 9 février 2017, la direction a fait parvenir au syndicat un courriel demandant sa collaboration pour trouver des solutions, car elle éprouvait des difficultés à trouver des éducateurs spécialisés disponibles pour la fin de semaine qui arrivait.

La direction avait alors proposé que les employés libérés pour des tâches syndicales se portent volontaires pour effectuer un ou des quarts de travail.

Martin Leblanc a réagi avec sarcasme, le lendemain.

« Je trouve votre idée extraordinaire et j’ose espérer que vous avez envoyé le même courriel au personnel-cadre, car eux aussi font partie de la solution », écrit M. Leblanc, dans la lettre reproduite dans la décision du TAT.

« Je me joindrai à M. Martin Vachon, dimanche soir à l’unité Taché (NDLR: du centre jeunesse). Vous avez identifié un manque d’effectif pour le dimanche de jour. Je vous invite donc à prendre deux salariés de soir et les descendre sur le quart de jour si c’est possible et moi et M. Vachon pourrions faire le quart de soir à l’unité Taché. »

M. Leblanc reconnaît « avoir été sarcastique » dans sa lettre.

Selon l’employeur, cette réponse est digne d’un manque de subordination. Deux plaintes pour « incivilité » ont été déposées par des membres de la direction. M. Leblanc « a discrédité les gestionnaires en indiquant qu’ils pouvaient travailler sur le terrain ».

Dans sa décision, le juge administratif retient le principe d’immunité des représentants syndicaux, qui, protégés par la loi, peuvent communiquer avec les gestionnaires.

« Il est clair que la solution préconisée par (M. Leblanc) est fantaisiste, commente le juge Lemieux. Toutefois, c’est le seul moyen qu’a trouvé le plaignant en qualité de président du syndicat pour attirer l’attention des gestionnaires sur un problème qui perdure. »

Selon le TAT, la lettre de suspension constitue une sanction à l’encontre des activités syndicales de M. Leblanc.