Le criminologue Cyril Ryan, qui a oeuvré pendant 45 ans auprès d’abuseurs d’enfants et de pédophiles, a rendu l’âme à l’âge de 74 ans.

Un pionnier de l’Outaouais est décédé

Un pionnier dans le traitement des pédophiles et agresseurs d’enfants en Outaouais est décédé. Cyril Ryan, que plusieurs reconnaissent comme un pilier en santé mentale de la région, a rendu l’âme, le 19 juillet dernier, à 74 ans.

Le criminologue a consacré sa carrière de 45 ans à s’occuper d’une clientèle pour le moins impopulaire.

Il a traité plus de 1000 abuseurs en 25 ans, au Centre d’Intervention en abus sexuels pour la famille (CIASF).

Cyril Ryan fait partie des « constructivistes » qui ont cru qu’un agresseur sexuel pouvait retrouver la lumière, et devenir, lui aussi, un meilleur citoyen.

En 2012, il annonçait sa retraite et disait en entrevue au Droit : « Je m’en vais en désintoxication ». Sa métaphore signifiait qu’il rentrait dans ses terres pour s’occuper de sa famille, et prendre le temps de contempler les beautés de la vie.

« Mais il est revenu l’an dernier comme bénévole ! » s’exclame sa collègue en deuil, Huguette Joly, qui, par ailleurs, prend aussi sa retraite « définitive », cette semaine, après une carrière aussi bien remplie, au CIASF.

« L’an dernier et ce printemps, l’organisme allait très mal. Nous sommes sortis de nos retraites pour remettre le CIASF sur pieds. » Le CIASF reprend vie, avec une nouvelle direction, confirme la nouvelle retraitée.

Pionnier
« Cyril était un pionnier », dit Mme Joly. Ses compétences étaient reconnues jusque dans le monde judiciaire, où il agissait parfois comme témoin expert.

Il fait partie des fondateurs de l’organisme Entraide Parents-Enfants de l’Outaouais (EPEO), qui a vu le jour le 8 août 1987. L’institut est devenu le Centre d’intervention en agression sexuelle pour la famille (CIAFS), le 17 juillet 1998.

« Cyril m’avait lancé le défi de trouver du financement », raconte Mme Joly. On a commencé avec un bingo ! »

« L’approche constructiviste, explique Mme Joly, c’est une approche de groupe. Cyril était le premier à le faire en Outaouais, avec des abuseurs. En gros, on reconstruit la pensée d’abuseurs. »

Cyril Ryan ne jugeait personne, au travers d’histoires atroces à laquelle on ne peut s’habituer, même en 45 ans.

Lors de la cérémonie lui rendant hommage, à la Cabane en bois rond du secteur Hull, le 10 août, d’anciens abuseurs témoigneront par écrit de ses services rendus.

M. Ryan est décédé « au lever du soleil » à Shawville, selon sa note nécrologique.

Il laisse dans le deuil sa conjointe Suzanne Lafond, ses enfants Brigitte et Frédéric, leur mère Denise Dupont, et ses petits-fils, « une grande famille, et de nombreux amis et collèges ».

Les membres de son groupe de musique seront aussi présents à la cérémonie du 10 août, afin d’honorer son désir que « la musique continue ».

« Cyril était un joueur d’accordéon, raconte Mme Joly. Il venait jouer avec son groupe, lors des fêtes. Un gars de plaisir... »

L’inhumation se fera dans l’intimité, à un moment ultérieur à cette cérémonie, lit-on dans l’avis de décès.

M. Ryan est décédé à la suite d’un choc septique.

Il est issu de la première cohorte des diplômés en criminologie de l’Université d’Ottawa, en 1970.