Le juge a rendu sa décision vendredi dans le dossier d'un père qui a confiné ses enfants dans leur petite chambre surchauffée, les a forcés à écouter, debout, ses sermons pendant des heures, et à permettre de rares sorties à l’extérieur.

Un père coupable de négligence criminelle causant la mort

Un père de famille qui a confiné ses enfants dans leur petite chambre surchauffée, les a forcés à écouter, debout, ses sermons pendant des heures, et à permettre de rares sorties à l’extérieur, a été reconnu coupable d’avoir provoqué la mort d’un d’eux, à Gatineau.

Le Gatinois de 52 ans, qu’on ne peut nommer pour protéger l’identité des enfants, a été reconnu coupable de négligence causant la mort de son fils, alors qu’il venait tout juste d’atteindre l’âge adulte, à l’été 2017.

Le juge Mark Phillipe a rendu à sa décision vendredi, après avoir énuméré les nombreux sévices imposés par le père contrôlant, qui a dépassé les bornes de l’autorité parentale.

Le père d’origine congolaise est non seulement coupable de négligence criminelle causant la mort de son fils, mais aussi d’avoir séquestré ce dernier et ses deux autres enfants.

Les survivants ont témoigné contre leur père dans le cadre d’un procès difficile à entendre.

Le 30 août 2017, le fils s’est effondré dans la douche, trois mois après avoir subi une blessure à une jambe.

Le père, selon le tribunal, a omis d’amener son fils à l’hôpital, même s’il savait que la douleur était intense. La blessure ordinaire s’est mise à enfler, jusqu’à comprimer les tissus sanguins et provoquer une nécrose. L’enfant aurait été soigné « avec de l’onguent et des Tylenol ».

Le juge Philippe n’a pas trouvé l’accusé crédible lorsqu’il a témoigné que la douleur ne semblait pas si intense. Le juge a souligné que le père avait livré deux histoires différentes aux policiers et devant le tribunal.

Comme une prison

Le magistrat a énuméré les conditions inhumaines dans lesquelles les enfants vivaient lorsqu’ils habitaient avec leur père. « (Une enfant) dormait au sol, sur un tapis de jeu. Les trois enfants mangeaient dans leur petite chambre, et devaient cogner à la porte pour pouvoir en sortir. Leurs seules sorties consistaient à sortir les poubelles. Même dans la canicule, ils ne pouvaient pas sortir. L’accusé maintenait l’incertitude sur la légalité de leur présence au Canada pour garder un certain contrôle. »

Le statut de ces enfants au pays est cependant légal et reconnu.

Lorsque la fratrie pouvait sortir de son unique chambre, c’était pour nettoyer la salle de bain ou prendre une douche. Le père pouvait entreprendre de longs monologues en forçant ses enfants à l’écouter, debout, pendant des heures.

Il n’y avait pas d’exception pour l’enfant blessé à la jambe. Puis, vint un moment où cet enfant passait la plupart du temps alité, épuisé par sa blessure qui le tuait à petit feu.

« Il y a eu une longue période avant sa mort, note le juge, où son père lui refusait l’accès aux soins de santé pour le forcer “à dire la vérité”. »

Dans leurs témoignages, les enfants survivants ont confié qu’ils étaient confinés dans leur chambre depuis 2016, 24 heures sur 24.

L’avocat de la défense, Me Jacques Belley, a demandé la rédaction d’un rapport présentenciel.

Le père est toujours en liberté. Sa sentence doit faire l’objet de plaidoiries à une date ultérieure.