Yann-Maverick Quitich évolue pour les Loups de La Tuque Bantam B.

Un jeune autochtone de La Tuque se fait traiter de Kawish durant un match: «Je me suis senti tellement triste»

La Tuque — «Je me suis senti tellement triste, j’avais de la rage en dedans de moi. C’était aussi une grande déception. J’ai eu le goût de partir et de ne plus rejouer au hockey, j’étais démotivé.» Yann-Maverick Quitich est un jeune joueur de hockey de 14 ans. L’Atikamekw qui évolue pour les Loups de La Tuque s’est fait insulter, par des jeunes, des parents et un entraîneur de hockey, parce qu’il est d’origine autochtone. On l’aurait traité de «criss de Kawish» à plusieurs reprises et lui aurait demandé de retourner dans sa réserve, lors d’un match de bantam B, à l’aréna Jean-Guy-Talbot du secteur Cap-de-la-Madeleine, le week-end dernier.

«Il avait les larmes aux yeux quand il est arrivé et il avait le moral à terre», soutient Maylène Weizineau, la mère de Yan-Maverick, qui n’en revient toujours pas. Elle déplore haut et fort la situation. Elle a accepté de témoigner de la situation pour faire avancer les choses et faire réfléchir.

«On est en 2019, cet entraîneur-là n’a pas évolué? Il est censé montrer l’exemple. J’étais fâchée moi aussi. C’est inacceptable. Moi, je dis à mon gars de jouer pour s’amuser et non pour gagner tout le temps. C’était rendu 2 à 0 et c’est à ce moment-là qu’ils auraient commencé à le traiter de Kawish», note-t-elle.

Une histoire de mise en échec serait à l’origine des propos racistes. Le jeune hockeyeur aurait même pris le temps d’avertir l’officiel de la rencontre, sans succès a-t-il expliqué au Nouvelliste.

«J’ai demandé à l’arbitre s’il avait entendu ce qu’on m’avait dit. L’arbitre m’a dit qu’il allait régler ça, mais il n’a rien fait. Il ne s’en est pas occupé. […] Il n’est pas venu voir mon coach non plus. Il y a un de nos entraîneurs qui a pris ma défense», soutient le jeune hockeyeur de 14 ans.

«J’étais plus que triste, j’en ai perdu mon sang-froid», ajoute-t-il.

C’est qu’un joueur en particulier l’aurait harcelé dès le début du match. En troisième période, le jeune Atikamekw s’est défendu lui-même en le plaquant. Un geste qui lui a valu une expulsion et une suspension de deux matchs. C’est là que la pluie d’insultes aurait pris de l’ampleur. 

«Ton criss de Kawish ne lâche pas mes joueurs», aurait lancé, entre autres, un entraîneur de l’équipe adverse. 

La sœur du jeune hockeyeur était dans les gradins, elle a vu la scène sans trop comprendre ce qui se disait sur la glace, mais elle a vu que son frère était très
bouleversé, assez pour aller le rejoindre directement dans les vestiaires.

«Mon frère n’est pas violent, c’est un gentil garçon. Je suis allée le rejoindre. Il était en crise et il se questionnait. Il ne comprenait pas pourquoi on l’insultait par rapport à son identité. […] Il était bouleversé et il a fallu beaucoup de temps avant qu’il retrouve son sourire cette journée-là», raconte Eden Weizineau.

«Kawish, ça ne veut rien dire, c’est un mot utilisé pour nous attaquer sur notre identité et ce n’est pas un compliment […] C’est inacceptable. Pour mon frère, le hockey c’était une motivation pour aller plus loin dans la vie. C’est plate qu’on brise ça, il veut faire du Sport-études», ajoute-t-elle.

Les propos racistes sont difficiles à entendre pour le jeune homme et difficiles à digérer. En rentrant chez lui, il aurait même confié à sa mère qu’il ne voulait plus jouer. 

«On l’a encouragé à continuer et à ne pas prendre en compte ce que ces gens disent. On ne veut pas qu’il donne aux autres le pouvoir de gagner avec leurs insultes», insiste Maylène Weizineau. 

«Se faire insulter de même par un adulte, c’est un très gros manque de respect. On attend de voir où va aboutir cette affaire-là parce qu’on trouve ça inacceptable qu’un adulte dit ça à un enfant. C’est un très gros manque de respect», ajoute-t-elle.

Réaction au Conseil de la nation atikamekw

La mère de l’enfant n’est pas la seule à ne pas comprendre comment des adultes ont pu en arriver à appeler le jeune autochtone «Kawish».

«C’est un événement déplorable dans un contexte où on veut développer une meilleure société. Des enfants, dans le feu de l’action, peuvent dire un peu n’importe quoi. Mais que ça vienne des estrades, des entraîneurs, là c’est une coche de trop…», a affirmé le grand chef du Conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish. 

Ce dernier a lui-même eu à vivre ce genre de commentaires racistes alors qu’il était un jeune hockeyeur. 

«Je me souviens moi-même quand on se rendait jouer à l’extérieur. On se faisait appeler comme ça, gang de Sauvages, les Kawish… Pas juste moi, toute l’équipe se faisait traiter de Kawish. C’était comme ça quand j’étais jeune, mais le hockey a évolué depuis les dernières années. Les gens sont plus conscients de leur rôle comme spectateurs, comme parents, comme entraîneurs, mais il y a encore du monde qui s’échappe et qui montre leurs vraies couleurs», lance-t-il.

Le grand chef de la nation atikamekw constate qu’il y a encore beaucoup à faire pour éliminer les préjugés. 

«Je travaille pour m’assurer que mes enfants, mes petits-enfants, et tous les enfants atikamekw qui vont naître puissent vivre dans une société où ils pourront se sentir bien. Dans une société où ils ne se sentiront pas jugés et qu’ils n’auront aucune réserve sur leur identité, leur culture ou leur langue», insiste Constant Awashish.

Au final, le jeune hockeyeur espère que ce genre de situation ne se répétera plus pour le bien de tous.

«Je ne veux plus que cela se reproduise. J’ai entendu l’histoire aussi d’un Noir (Jonathan-Ismaël Diaby) qui s’est fait traiter de babouin. Il ne faut pas que ça arrive aux futurs joueurs, qu’ils soient Blancs, Noirs, Atikamekws…», a lancé Yan-Maverick Quitich.

Il fait référence à l’histoire du défenseur des Marquis de Jonquière, Jonathan-Ismaël Diaby, qui a été la cible de propos racistes lors d’un match de la LNAH. Des membres de sa famille avaient également été insultés lors du match à l’Aréna régional Rivière-du-Nord de Saint-Jérôme.