Un homme a refusé d’être relogé à proximité Gîte Ami de crainte de retomber dans la toxicomanie.

Un ex-toxicomane a raison de l’Office d’habitation de l’Outaouais

L’Office d’habitation de l’Outaouais (OHO) a dû réinscrire sur sa liste d’admissibilité à un logement à loyer modique un homme ayant refusé de s’installer à proximité du Gîte Ami par crainte de retomber dans la toxicomanie.

L’histoire implique un homme vivant avec «un passé de consommation» l’ayant déjà fait séjourner en détention, dont le nom se trouvait depuis décembre 2014 sur la liste d’admissibilité à un logement à loyer modique de l’OHO. Il avait à l’époque déterminé que le Vieux-Hull faisait partie des secteurs où il était prêt à emménager.

Une offre est arrivée en janvier 2018 pour un logement sur la rue Carillon, dans le Vieux-Hull. Or, l’homme craint alors que la proximité du Gîte Ami, sur la rue Morin, génère «les tentations et une rechute alors qu’il a cessé de consommer depuis un an». Ayant lui-même déjà fréquenté le refuge pour sans-abri, l’homme souligne aussi qu’il s’apprêtait à faire modifier ses choix de secteurs au moment où l’offre de l’OHO a été soumise.

En refusant le logis de la rue Carillon, l’homme a vu son nom être retiré de la liste de l’OHO pour un an. Il s’est toutefois tourné vers la Régie du logement pour faire valoir que son refus découle de «circonstances particulières» prévues au Règlement sur l’attribution des logements à loyer modique.

Devant la Régie, l’agente de probation de l’ex-toxicomane a confirmé qu’il «s’exposerait davantage à la consommation de drogues s’il déménageait au logement concerné et qu’en conséquence, le risque de rechute est important et réel».

Dans une décision de la Régie du logement rendue en septembre dernier, la juge administrative Anne-Marie Forget a statué que «la décision de radier le demandeur de la liste souffre d’absence de motivation» et que le refus du logement de la rue Carillon «ne constitue pas un caprice». «Au contraire, la prépondérance de la preuve est à l’effet que l’acceptation du logement proposé aurait pour effet d’exposer indûment [monsieur] à une rechute aux impacts non-négligeables tant pour lui-même que pour la société, alors que celui-ci cherche de son côté à prendre les moyens afin de maintenir sa sobriété nouvellement acquise», lit-on dans la décision. Il a donc été ordonné que le nom de l’homme soit remis sur la liste d’attente pour un logement à loyer modique, «selon les mêmes conditions ainsi qu’au même rang» qu’avant sa radiation.

L’OHO a obtempéré, tout en présentant une demande en appel devant la Cour du Québec. Le juge Steve Guénard a toutefois statué, quelques jours avant les Fêtes, que «chaque dossier doit être évalué à son mérite à la lumière de la preuve» et que «c’est ce qu’a fait la Régie». Le magistrat souligne que l’OHO a retiré l’homme de sa liste d’admissibilité sans justifier en quoi la preuve soumise quant à une circonstance particulière lui apparaissait insuffisante.

La demande pour permission d’en appeler de l’OHO a ainsi été rejetée, puisque rien n’a démontré «quelconque faiblesse apparente de la décision» de la Régie du logement.

La porte-parole de l’OHO, Karina Osiecka, a indiqué que l’organisme accepte cette plus récente décision et que ce dossier est maintenant «clos». Mme Osiecka a précisé qu’il s’agissait d’un cas «complètement nouveau» pour l’OHO, qui a su en tirer des leçons pouvant être utiles dans un éventuel cas similaire.