Les libéraux ont proposé des modifications à la loi sur les réfugiés, qui empêcheraient les migrants de présenter une demande d’asile au Canada s’ils ont déjà présenté des demandes similaires dans certains pays, dont les États-Unis.

Un demandeur d’asile implore les députés de ne pas changer la loi

Un homme originaire du Ghana, qui a perdu tous ses doigts lorsqu’il a subi une engelure en traversant irrégulièrement la frontière au Manitoba, a imploré les députés canadiens de ne pas changer les règles sur les demandes d’asile dans le projet de loi budgétaire du gouvernement.

Seidu Mohammed, dont l’histoire avait fait le tour du pays lorsqu’il est arrivé au Canada en décembre 2016, témoignait jeudi matin devant les députés siégeant au comité des finances de la Chambre des communes.

Il a fait valoir les nouvelles règles l’auraient empêché de faire sa demande d’asile, qui a ultimement été acceptée.

De plus, selon lui, le projet de loi mettrait plusieurs personnes à risque.

M. Mohammed avait traversé la frontière manitobaine en 2016 en pleine tempête de neige. Il avait évité de passer par les points de contrôle frontaliers officiels afin de faire une demande d’asile au Canada.

M. Mohammed et son camarade de marche, Razak Iyal - qui a aussi perdu des doigts dans le périple - avaient vu leur demande d’asile refusée aux États-Unis.

Les libéraux ont proposé des modifications à la loi sur les réfugiés, qui empêcheraient les migrants de présenter une demande d’asile au Canada s’ils ont déjà présenté des demandes similaires dans certains pays, dont les États-Unis. Avec ces nouvelles mesures, le ministre de la Sécurité des frontières, Bill Blair, dit vouloir éviter le «magasinage d’asile».

Si ces règles étaient en vigueur lorsqu’il est arrivé en 2016, M. Mohammed aurait été renvoyé aux États-Unis, où il croit qu’il aurait pu être emprisonné et rapatrié dans son pays.

«Me renvoyer au Ghana détruirait ma vie. Je serais emprisonné ou torturé à mort, a-t-il soutenu. Je ne veux pas que cela arrive à quiconque.»

Plusieurs comités de la Chambre ont entendu des témoignages sur les nouvelles mesures, qui ont été présentées le mois dernier dans un projet de loi omnibus sur le budget.

Autres critères d’inadmissibilité

La nouvelle disposition de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés ajoute un nouveau motif d’inadmissibilité à la protection des réfugiés au Canada.

Si un demandeur d’asile a déjà fait une demande dans un autre pays, elle ne serait pas recevable au Canada. Ne seraient pas admissibles non plus les personnes qui ont déjà déposé une demande infructueuse au Canada, qui ont été déclarées irrecevables en raison de leur casier judiciaire ou qui ont obtenu le statut de réfugié ailleurs.

Les avocats et les intervenants qui travaillent directement avec les réfugiés ont qualifié cette initiative d’attaque dévastatrice pour les droits des réfugiés au Canada.

Des organisations qui défendent les femmes violentées et les victimes d’agressions sexuelles ont également fait part de leurs inquiétudes sur les nouvelles règles, qui selon elles, affecteront des femmes qui étaient déjà ciblées par les politiques strictes d’immigration aux États-Unis.

L’an dernier, les États-Unis ont modifié leur politique sur les réfugiés pour déclarer que la violence conjugale n’est plus un motif de demande d’asile dans ce pays.