Vers 22h, l’ours s’en est pris à eux à travers leur tente et n’était pas près de lâcher prise, malgré leur respect des actions préventives et des manœuvres habituellement conseillées dans ce genre de situation.

Un couple attaqué par un ours

L’expédition de canot au Labrador d’un couple de Sherbrookois a pris une tournure cauchemardesque, lundi, lorsqu’un ours noir s’en est violemment pris à eux, les forçant à combattre pour se sauver et trouver des secours au beau milieu d’une zone isolée.

Selon ce qu’a rapporté Radio-Canada, le couple de canoteurs expérimenté formé de Francine et Roger Gagnon campait près de la rivière Petit-Mécatina dans le cadre d’une expédition de groupe de 18 jours, lorsqu’ils ont subi les foudres d’un ours au «comportement complètement anormal», selon M. Gagnon. 

Vers 22h, l’ours s’en est pris à eux à travers leur tente et n’était pas près de lâcher prise, malgré leur respect des actions préventives et des manœuvres habituellement conseillées dans ce genre de situation. 

«On en a vu des dizaines, a confié M. Gagnon à Radio-Canada. On sait quoi faire. On comprenait que ce n’était pas une situation normale. Il donnait des coups sur la tente. Il commençait à la détruire, la toile se déchirait. Il n’y avait aucune nourriture. On est des gens d’expérience.»

L’ours a pu être éloigné après que M. Gagnon l’ait frappé à la tête avec une bûche de bois, mais la bête était déjà parvenue à mordre sa conjointe. 

L’animal a menacé de revenir à charge le reste de la nuit, empêchant le couple et les amis qu’ils avaient appelés en renfort de fuir dans leurs canots avant 7h le lendemain matin. 

C’est en lui lançant une bûche enflammée que le groupe a pu gagner du terrain sur le prédateur et finalement appeler des secours afin d’être transporté à l’hôpital de Goosebay, où ont été soignées les blessures de Mme Gagnon. La femme se porterait bien physiquement, mais aurait subi un traumatisme psychologique, selon les propos de M. Gagnon.

Exténué, le couple est rentré à Sherbrooke en fin de journée vendredi. 

Comportement anormal?

Selon le trappeur et ancien agent de conservation de la faune Laurent Cloutier, bien que ce genre d’attaque soit rare, le comportement de cet ours n’aurait vraisemblablement rien d’étrange. 

«Le comportement des ours, dans le Nord ou ici, ça peut être différent, partage l’expert contacté par La Tribune. J’ai campé souvent dans le Nord, et ça arrive souvent qu’ils rentrent dans les camps. Il cherchait la nourriture tout simplement. Ils sont toujours en train de la chercher. Aussitôt qu’ils sentent des odeurs, surtout s’ils ont l’habitude de se nourrir à cet endroit, ils vont vouloir venir la trouver.» 

Même si les canoteurs d’expérience ont rapporté à Radio-Canada qu’il n’y avait aucune nourriture près de leur tente, M. Cloutier maintient que le moindre effluve, si ce n’est qu’un reste de poisson d’un jour précédent, pourrait avoir attiré l’animal. «C’est sur et certain qu’il a senti quelque chose. Il a compris qu’il y avait des humains, et il ne voulait pas perdre sa nourriture.»

Malgré le malheureux incident, l’amoureux de la nature soutient qu’il ne faut pas s’effrayer des ours pour autant.

«Au nombre d’ours qu’il y a dans le bois, ça n’arrive pas si souvent qu’il y ait des attaques, note M. Cloutier. Si tu vois un ours, tu es même chanceux. Ce sont la plupart du temps des ours qui viennent de lâcher leur mère, parce qu’un gros, lui, il va se sauver au moindre bruit. Là où c’est vraiment dangeureux, par contre, c’est lorsqu’on se retrouve entre une mère et son bébé.» 

Rappelant les consignes de sécurité, l’agent de la faune retraité indique que toute nourriture doit être accrochée à une branche loin de la tente, lors d’une sortie en forêt. 

«Le temps des framboises arrive bientôt, prévient-il. Si vous allez cueillir des baies dans les bois, il faut continuellement faire du bruit. Si vous avez le vent de face, il faut doubler les efforts de bruit. Là, vous ne les surprendrez pas.» 

En cas de face à face avec un ours, le meilleur moyen demeure de s’éloigner, de «faire le gros en levant les bras» et de demeurer bruyant, ajoute M. Cloutier.