Un cheval qui est devenu chameau

Une affaire traînant devant les tribunaux depuis plus de 12 ans, à Gatineau, a récemment inspiré un juge de la Cour supérieure, qui  a multiplié les comparaisons avec le monde sportif, animalier, littéraire, voire papal.
Le dossier met en cause la famille D'Amours-Mongeon, qui réclame 973 581,58 $ en dommages-intérêts pour des problèmes de santé émanant de l'épandage de pesticide à proximité de la chambre d'hôtel qu'elle occupait en Jamaïque, lors d'un voyage effectué entre le 23 décembre 2002 et le 6 janvier 2003.
La poursuite initiale d'un demi-million de $ a été déposée en 2005.
Les défendeurs sont Transat Tour Canada, Club Caribean, Royal Decameron Club Carribean, Hotels Decameron Club Carribean, 134524 Canada inc. et New Insurance company.
Le litige, en 2017, est celui de la multiplication des retards. Les requêtes ont été si souvent amendées que le dossier en est devenu dénaturé. Le juge a dû se prononcer sur « une demande en rejet à l'encontre de la requête introductive d'instance ré-ré-ré-ré-réamendée ».
Le juge Pierre Dallaire, de la Cour supérieure, s'exprime librement dans une décision rendue le 15 mai.
« En l'espèce, les innombrables amendements apportés à la requête introductive d'instance laissent penser que le cheval d'origine est devenu un chameau à force de modifications. Il y a lieu d'éliminer les bosses et de ramener le dossier à l'essentiel. »
En plus des retards stratégiques, le temps a fait son oeuvre.
Un des membres de la famille, Gilles Mongeon, est décédé, tout comme un témoin expert des demandeurs, identifié comme le Dr Guimet. Un expert de la défense, le Dr Léonard, est devenu inapte à témoigner, et le Dr Claude Blondin « serait à la retraite et introuvable », lit-on.
Dans la même décision du 15 mai, le magistrat somme les défendeurs et les demandeurs à simplifier le dossier, devenu trop épais pour sa complexité réelle. Il demande aux demandeurs de résumer la situation en 40 paragraphes.
« Ceci dit, ajoute le juge Dallaire, il y a lieu de ramener les allégations de la demande à l'essentiel avec un souci de concision qui fait présentement cruellement défaut. Une demande en justice ne doit pas être une tentative déguisée d'obtenir le prix Nobel de littérature. »
« S'ils retirent à leurs nouveaux procureurs leur mandat, comme ils l'ont fait pour les deux précédents, ils doivent s'attendre à ce que le Tribunal soit tenté de conclure, d'office, au rejet (de toute l'affaire) pour abus de procédure. Par analogie avec le baseball, il s'agirait alors de la troisième prise. »
Le magistrat force les deux parties à résumer leurs positions, afin de procéder le plus rapidement possible.