Fernand Beaudette a été acquitté des voies de fait simple dont il était accusé pour un épisode survenu le 5 avril 2017.

Un chauffeur d’autobus scolaire acquitté de voies de fait

Même si le chauffeur d’autobus Fernand Beaudette n’a pas agi de façon appropriée en bousculant un enfant en crise qu’il transportait dans un autobus scolaire adapté à Sherbrooke, le tribunal lui a fait bénéficier du doute raisonnable quant à son intention criminelle.

La juge Claire Desgens de la Cour du Québec a été ferme avec l’homme de 78 ans en rendant le verdict d’acquittement, mardi, au palais de justice de Sherbrooke : elle ne cautionne aucunement ses agissements.

« Je ne considère pas que vous avez agi de la meilleure façon même en considérant les problématiques de cet enfant. Rien ne cautionne l’attitude que vous avez eue », soulève la juge Desgens.

Fernand Beaudette a été acquitté des voies de fait simple dont il était accusé pour un épisode survenu le 5 avril 2017.

« Vous étiez clairement dépassé par cette crise lorsque vous avez employé ce qui s’apparente à des méthodes éducatives inadéquates, dépassées et certainement inappropriées qui mettent en évidence plus d’incompétence que de violence », soulève la juge Desgens.

L’évènement avait été capté par la caméra de surveillance de l’autobus de transport adapté de la compagnie Transdev.

L’escalade de violence survient alors que Fernand Beaudette dépose un enfant. L’homme qui avait 76 ans à l’époque n’avait reçu aucune formation comme chauffeur pour le type de clientèle qu’il transportait.

La juge a lancé un message à l’endroit de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke et la compagnie Transdev à la fin de son verdict.

« Ils auraient certainement dû ou pu donner une formation plus structurée à ses employés et privilégier l’embauche de chauffeurs mieux équipés, plus outillés et spécifiquement formés pour intervenir avec le type de clientèle dont il est question ici. Mes pouvoirs ne me permettent pas de faire des recommandations, mais je me questionne sérieusement sur les moyens déployés et qui sont encore mis de l’avant pour régler ce type de situation connue comme étant difficile autant pour les chauffeurs que les jeunes passagers vulnérables afin d’éviter que ce genre de situation se reproduise. Situation autant désagréable pour la famille de la victime que pour l’accusé », signale la juge Desgens.

Pas frappé

Lors de son témoignage, Fernand Beaudette jure qu’il n’a jamais touché l’enfant, qu’il a arrêté avant de lui toucher. 

« Les images ne sont pas concluantes que vous l’avez frappé. Vous avez témoigné l’avoir menacé sans le frapper, ce que je ne peux exclure. Vos gestes sont apparus brusques et vos paroles déplacées surtout que vous lui offrez, sans lui en donner, des tapes sur le museau. Ces paroles sont inappropriées, mais elles reflètent votre incapacité à gérer la situation », estime la juge Desgens.

Elle note les circonstances où Fernand Beaudette devait agir pour se protéger et protéger les autres passagers et prévenir l’escalade des gestes.

« Vous aviez peu de moyens à votre disposition. Rien dans cette décision ne doit être interprété comme cautionnant l’intervention physique que vous avez choisi d’employer. Elle n’était pas la mesure la plus appropriée. Vu le contexte et les diagnostics de ce jeune, l’origine de cette crise qui s’est rapidement développée ne peut pas vous être attribuée », estime la juge Desgens. 

Me Christian Raymond défendait Fernand Beaudette, alors que Me Véronique Gingras-Gauthier représentait le ministère public dans cette affaire.

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« Ça ne restera pas là »

« Mon enfant va dans une école adaptée avec des éducateurs adaptés et il vit dans un milieu adapté à sa situation. Je ne comprends pas pourquoi le personnel du transport adapté n’est pas formé pour ce type de clientèle. »

Le père de l’enfant impliqué dans l’altercation avec Fernand Beaudette dans l’autobus de transport adapté en avril 2017 n’en veut pas tant à l’homme de 78 ans, mais déplore le contexte dans lequel cette affaire s’est déroulée.

Il convient qu’il n’est pas facile de maitriser son fils lorsqu’il est en crise.

« Je me suis battu pour qu’il puisse avoir un transport sécurisé. Il a fallu que cette situation survienne pour que quelqu’un réagisse. Lorsque tu places ton enfant dans un milieu spécialisé, tu t’attends à certains services et que les gens qui sont responsables de son transport soient formés pour intervenir avec des enfants qui présentent ce type de problème. Avec ce qui s’est passé, nous avons la preuve que n’importe qui peut conduite un autobus de transport adapté », déplore le père de l’enfant.

Celui-ci entend soumettre toute cette affaire à un avocat afin de faire évoluer les choses.

« Je ne sais pas par qui ou comment je vais agir, mais ça ne restera pas là. Je vais interpeler la commission scolaire, la compagnie de transport ou entreprendre une poursuite civile s’il le faut. Fernand Beaudette n’a jamais été la bonne personne pour faire ce travail-là. Il n’avait pas la formation et il ne savait pas comment intervenir. Je suis convaincu qu’il n’est pas le seul dans cette situation », signale-t-il.

Le chauffeur soulagé

À sa sortie de la salle d’audience, Fernand Beaudette se disait soulagé de placer cette poursuite criminelle dernière lui.

« Je vais respirer un peu mieux. Je conviens que ce n’était pas le geste à poser, mais nous aurions pu avoir plus de formation. Je faisais de mon mieux avec ce que je savais. Maintenant que tout est fini, je ne veux plus rien savoir de conduire un autobus », assure l’homme de 78 ans.

Il avait été congédié par Transdev à la suite de cet évènement.