Des policiers chinois montent la garde devant l’ambassade canadienne à Pékin, dimanche. Samedi, le premier ministre Justin Trudeau a demandé et obtenu la démission de John McCallum, alors ambassadeur du Canada en Chine. Ce dernier sera remplacé par Jim Nickel, chef de mission adjoint à l’ambassade.

Un autre Canadien aurait été arrêté en Chine

Un autre Canadien aurait été arrêté en Chine, cette fois-ci relativement à des allégations de fraude.

Selon le South China Morning Post, qui cite des médias locaux, un Canadien de 61 ans est accusé d’avoir tenté de frauder une entreprise de divertissement pour la somme de 375 millions $.

L’homme, dont le nom complet n’apparaît pas dans l’article, aurait tenté d’utiliser de faux documents pour transférer l’argent du compte de l’entreprise vers un compte à Hong Kong.

Affaires mondiales Canada n’a pas immédiatement répondu à un message de La Presse canadienne pour commenter l’affaire, mais l’arrestation survient alors que les relations entre les deux pays sont particulièrement tendues.

Confiance envers Ottawa

L’employeur d’un Canadien détenu en Chine a exprimé dimanche sa confiance envers le gouvernement Trudeau à la suite du limogeage de l’ambassadeur John McCallum.

Un porte-parole de l’International Crisis Group, l’ONG pour laquelle travaillait le diplomate canadien Michael Kovrig, actuellement en congé sabbatique d’Affaires mondiales Canada, a déclaré que l’organisation s’en remet toujours au gouvernement pour tenter de le faire libérer.

Karim Lebhour a indiqué à La Presse canadienne que l’ONG demeurait en contact étroit avec le gouvernement. «Nous lui faisons confiance pour mettre en œuvre la meilleure stratégie pour assurer la libération de Michael Kovrig», a-t-il dit.

L’organisation ne commente pas davantage, car elle ne veut rien faire qui peut mettre en péril M. Kovrig, qui a été arrêté il y a plus d’un mois en même temps que l’entrepreneur canadien Michael Spavor sur de vagues soupçons de violation de la sécurité nationale chinoise.


« Nous faisons confiance [au gouvernement canadien] pour mettre en œuvre la meilleure stratégie pour assurer la libération de Michael Kovrig »
Karim Lebhour, porte-parole de l’International Crisis Group

Les arrestations ont eu lieu après que le Canada eut arrêté Meng Wanzhou, une cadre supérieure de la société chinoise Huawei, le 1er décembre, à la suite d’une demande des États-Unis, qui souhaitaient l’extrader pour fraude.

M. McCallum a fait la semaine dernière deux déclarations au sujet de l’affaire Meng. Il a présenté des excuses après son premier commentaire, disant s’être mal exprimé. Ses propos ont jeté la confusion dans les relations sino-canadiennes et ont soulevé des inquiétudes au sujet des efforts du gouvernement canadien pour obtenir les libérations de MM. Spavor et Kovrig.

Démission de McCallum

Le premier fédéral Justin Trudeau a demandé et obtenu la démission de M. McCallum. Celui-ci sera remplacé par Jim Nickel, chef de mission adjoint à l’ambassade du Canada à Pékin, qui aura le rang de chargé d’affaires. M. Nickel est un diplomate de carrière. Selon des observateurs, il est l’antithèse de John McCallum. Il connaît bien les tenants et aboutissants de la politique en Asie et peut se taire en public.

Son rôle sera de continuer à exercer des pressions pour obtenir la libération des deux Canadiens.

Les experts sont divisés sur le limogeage de M. McCallum.

Selon Fen Hampton, le directeur du programme de sécurité mondiale au Centre for Governance Innovation à Waterloo, nommer un diplomate de carrière au lieu d’un ancien politicien est un meilleur choix.

«Le rôle d’un ambassadeur est de transmettre les messages de son gouvernement, pas d’écrire son propre scénario ou de s’en éloigner totalement comme l’a fait M. McCallum», a-t-il dit.

Mais Lynette Ong, une professeure associée de l’Université de Toronto, l’annonce du limogeage de John McCallum n’a pas été bien reçu des autorités chinoises. Selon elle, l’ancien ambassadeur était perçu comme un ami de la Chine, même avant qu’il n’exprime ses opinions controversées. Elle ne sait pas si son successeur sera considéré de la même manière.

Elle a cité un éditorial d’un journal progouvernemental, le China Daily, qui avait louangé M. McCallum.

«Même si ce qu’il a dit est vrai à 100 %, ses propos sont tombés dans l’oreille d’un sourd dans son pays, peut-on lire. Ceux qui ont attaqué M. McCallum doivent avoir honte d’eux-mêmes.»