Le vapotage gagne en popularité chez les jeunes.

Un ado gravement blessé par sa vapoteuse

Trois-Rivières — Un adolescent de 14 ans a été gravement blessé par sa vapoteuse, lundi soir, lorsqu’elle lui a explosé en plein visage, dans un logement de Shawinigan. Il reposait toujours aux soins intensifs au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR), mercredi.

Selon Radio-Canada Mauricie, l’adolescent était en train d’inhaler une bouffée lorsque la cigarette électronique a explosé. Des dents lui sont littéralement tombées dans les mains et une partie de sa lèvre supérieure pendait. Un de ses yeux a aussi été touché. Sa mère a été blessée à une jambe par des éclats.

Il avait acheté la vapoteuse d’un ami. Il est possible qu’elle ait été modifiée.

Cet accident rappelle que le vapotage est un phénomène en pleine progression chez les jeunes. «C’est devenu la nouvelle version 2.0 du tabac des années 2000. La cigarette traditionnelle laisse de plus en plus place au vapotage, parce que les jeunes aiment le goût et ils aiment le côté plus gadget de la cigarette électronique versus la cigarette traditionnelle», explique Amélie Germain-Bergeron, coordonnatrice aux communications à la Commission scolaire de l’Énergie.

Une hausse également remarquée dans certaines écoles de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. «On a vu une augmentation dans la dernière année», note Anne-Marie Bellerose, porte-parole.

Les statistiques disponibles leur donnent raison. Il n’y a pas eu d’étude dans la région, mais des données ont été recueillies sur le sujet pendant trois ans auprès de 20 000 élèves du secondaire de la région de Québec dans le cadre du projet pancanadien COMPASS. Les résultats ont été dévoilés il y a deux semaines par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale. L’étude en est venue à la conclusion que les élèves utilisateurs de cigarette électronique augmentent leur consommation d’année en année. «Plus de la moitié (57%) des utilisateurs occasionnels de la cigarette électronique lors de la première année d’enquête sont deux ans plus tard des utilisations réguliers ou quotidiens», peut-on y lire. De plus, le vapotage peut même mener à la consommation de tabac. Selon cette étude, il y a 20 fois plus de fumeurs chez les jeunes qui vapotent que chez ceux qui ne vapotent pas.

Pourtant, l’achat et la vente de cigarettes électroniques sont interdits aux mineurs. Elles sont toutefois très attrayantes pour les jeunes. Colorées et discrètes, elle peuvent être aussi petites qu’un crayon ou une clé USB.

Tout comme pour le tabac, les écoles interdisent formellement le vapotage. «Dans tout établissement d’enseignement, il n’y a aucune tolérance pour du vapotage ou produit du tabac. Sur l’ensemble de nos terrains, de nos centres et de nos écoles, les jeunes ne peuvent pas fumer ou vapoter. S’ils veulent fumer ou vapoter, ils doivent sortir des terrains de l’école pour le faire», explique Mme Germain-Bergeron.

Pour ceux qui se font prendre, les sanctions peuvent varier d’une école à l’autre, mais en règle générale, à la Commission scolaire de l’Énergie, la cigarette électronique est saisie, le parent est avisé et il doit venir lui-même récupérer la vapoteuse. S’il y a récidive, le jeune peut être suspendu. Étant donné la taille des vapoteuses et le fait que certaines ne dégagent pratiquement pas de vapeur, certains adolescents tentent même de les utiliser dans leur école. «À ma connaissance, c’est arrivé quelques fois qu’à l’intérieur des murs, des jeunes se sont fait prendre. Ce n’est pas fréquent, mais c’est arrivé quelques fois», précise Mme Germain-Bergeron.

Pour Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, il est urgent que la réglementation relativement au vapotage soit resserrée. «On est dans un contexte où il faut renverser la hausse fulgurante du vapotage chez les jeunes. Pour faire ça, il va falloir y aller avec des mesures plus robustes, plus agressives. En ce moment, les priorités pour les groupes de santé, c’est d’interdire toutes les saveurs sauf celle au tabac. Ça aurait pour effet de réduire l’attrait des produits de vapotage. On sait que les saveurs, ça joue gros pour banaliser les dangers et attirer une clientèle non fumeuse. Dans un deuxième temps, on doit limiter le taux de nicotine dans les liquides.»

Le vapotage est devenu un fléau chez les adolescents en peu de temps. «Ce sont des produits qui sont extrêmement accessibles, qui sont extrêmement attrayants pour les jeunes compte tenu des saveurs disponibles, et ils sont fortement addictifs. (...) En ce moment, on a tout un cocktail d’éléments qui viennent banaliser les produits que ce soit les saveurs, les prix peu élevés et leur grande disponibilité. (...) Ç’a été présenté comme un petit gadget moderne. Les jeunes accrochent là-dessus.»

En plus du risque qu’un dysfonctionnement de la cigarette électronique entraîne une déflagration comme ce fut le cas pour l’adolescent de Shawinigan, elle est aussi nocive pour la santé. Des cas de graves maladies pulmonaires reliées au vapotage ont été recensés au pays. «Il n’y a pas une semaine où il n’y a pas de nouvelles données montrant que ces produits sont plus dangereux que ce que l’on pensait initialement. Les effets à moyen terme, on commence à peine à les voir. On ne sait même pas encore les effets à long terme», déplore Mme Doucas.

Même si la vente aux mineurs est interdite, ils réussissent vraisemblablement à s’en procurer. «Les jeunes sont assez futés. S’ils veulent un produit, ils vont trouver quelqu’un pour leur en vendre. L’idée, ce n’est pas juste de jouer sur la vente aux mineurs, mais de rendre les produits non attrayants pour eux. C’est comme ça qu’on a réduit le taux de tabagisme chez les jeunes au fil des années. Il va falloir faire la même chose pour les produits de vapotage.»