Trois policiers de Gatineau sont cités à comparaître en déontologie pour l’arrestation du journaliste Antoine Trépanier en 2018.
Trois policiers de Gatineau sont cités à comparaître en déontologie pour l’arrestation du journaliste Antoine Trépanier en 2018.

Trois policiers en déontologie pour l’arrestation d’un journaliste

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Trois policiers de Gatineau sont cités à comparaître en déontologie pour l’arrestation du journaliste Antoine Trépanier en 2018.

Le Commissaire à la déontologie policière demande au sergent Gabriel Gagné, à l’agent Mathieu LaSalle-Boudria et au lieutenant Paul Lafontaine de s’expliquer relativement à cette affaire remontant à 2018.

M. Trépanier avait été interpellé par le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) après le dépôt d’une plainte pour harcèlement criminel de la directrice générale des Grands frères-Grandes sœurs de l’Outaouais, Yvonne Dubé.

Le journaliste de Radio-Canada Ottawa-Gatineau avait tenté de la contacter afin d’avoir sa réaction à la suite de son enquête sur cette dernière. Le reportage révélait que Mme Dubé s’était «faussement présentée comme avocate et a pratiqué le droit sans autorisation» en 2011 et 2012.

Mme Dubé s’est plutôt tournée vers le SPVG pour se plaindre de harcèlement criminel.

Selon Radio-Canada, le journaliste n’a fait que son travail en tentant ainsi d’avoir sa version des faits.

M. Trépanier avait dû se présenter au poste de police, qui a ensuite déposé son dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Le ministère public n’a finalement déposé aucun chef criminel.

L’ex-chef du SPVG, Mario Harel, a lui-même reconnu que cette arrestation n’aurait pas été faite si son état-major avait été informé plus rapidement de cette plainte. Selon M. Harel, le policier n’avait «pas évalué correctement la situation».

Le journaliste de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, Antoine Trépanier (à droite)

Plainte

Préoccupé par cette affaire, un citoyen a déposé une plainte au Comité de déontologie policière. Professeur au Cégep Gérald-Godin de Montréal, Vania Atudorei a levé la main pour dénoncer l’arrestation qu’il qualifiait alors d’«abusive et illégale».

Par courriel, la responsable des communications de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, Catherine Léger, a dit accueillir «avec satisfaction» cette citation à comparaître des trois employés du SPVG.

«Notre mission étant d’informer, de révéler des faits, de contribuer à la compréhension d’enjeux d’intérêt public et d’encourager la participation des Canadiens à une société libre et démocratique, nous ne pouvons que saluer cette nouvelle étape de la démarche.»

Le SPVG a abordé l’affaire avec prudence, mardi. «Bien que nous ne puissions commenter les processus déontologiques et les décisions rendues, soyez assurés que la Division des normes professionnelles et des affaires internes a offert sa pleine collaboration aux instances, comme le prévoit sur la Loi sur la police», a mentionné par courriel la responsable des communications du SPVG, Mariane Leduc.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Michaël Nguyen, a parlé d’un «début d’une bonne nouvelle». Il est par ailleurs rassuré que le SPVG ait rapidement admis une certaine erreur dans ses rangs, en 2018. «C’est une bonne chose, et toute cette histoire démontre qu’il y a encore beaucoup d’éducation à faire sur les médias. Un journaliste a quand même dû aller au poste de police parce qu’il n’a fait que son travail.»