Nathan Lapointe s’est reconnu coupable de pornodivulgation (revenge porn) à l’endroit d’une jeune femme dont l’identité est frappée d’une ordonnance de non-publication. L’accusé a aussi brisé ses conditions de remise en liberté en communiquant avec son ex-copine alors que cela lui était interdit.

Trois mois de prison pour de la pornodivulgation

La vengeance ne paie pas : un amoureux éconduit l’a appris à ses dépens après avoir diffusé une vidéo compromettante de son ex-copine sur Internet, ce qui lui a récemment valu un séjour de 90 jours en cellule.

Nathan Lapointe avait plaidé coupable à trois chefs accusations concernant une ancienne flamme qu’il a harcelée pendant quelques mois. Il s’est d’ailleurs reconnu coupable de pornodivulgation (revenge porn) à l’endroit de la jeune femme, dont l’identité est frappée d’une ordonnance de non-publication. L’accusé a aussi brisé ses conditions de remise en liberté en communiquant avec son ex-copine alors que cela lui était interdit.

Mécontent de la rupture survenue à l’été 2017, le Granbyen a d’abord envoyé un message texte à la jeune femme dans laquelle il la menace de diffuser une vidéo d’elle lui faisant une fellation. Ladite vidéo avait été enregistrée en des jours plus heureux, avec le consentement mutuel des deux amoureux, mais sans qu’il ne soit question de la rendre publique un jour.

Inquiète, la jeune femme avise les policiers de la réception de ce message, mais choisit de ne pas porter plainte. Des patrouilleurs communiquent tout de même avec Nathan Lapointe en le prévenant des conséquences légales auxquelles il s’expose s’il met sa menace à exécution.

Cela n’a fait qu’attiser la colère du principal intéressé, qui le lendemain envoie un nouveau message texte à son ex. « Erreur de ta part. Maintenant, laisse-moi te montrer la puissance d’Internet. Bientôt, tu vas pouvoir marquer ton nom sur les plus grandes bases de données », a-t-il écrit avant de joindre les actes à la parole en publiant la vidéo sur deux sites pornographiques, où apparaissent le nom complet de la victime et une mention selon laquelle elle serait une prostituée.

Un lien vers la vidéo est aussi envoyé à des proches de la victime. Mise au courant, celle-ci porte aussitôt plainte à la police.

Nathan Lapointe est alors arrêté une première fois.

Escalade

Le couple recommence à se fréquenter au cours des mois suivants, souligne le juge Serge Champoux. Or, leur relation prend fin une fois pour toutes lorsque la jeune femme quitte Nathan Lapointe pour de bon en novembre 2017.

N’appréciant pas cette seconde rupture, celui-ci se met à envoyer de nombreux messages textes ou vocaux à sa victime, communications qui révèlent une escalade de violence dans les propos tenus par l’accusé.

Si, au départ, il souhaite une réconciliation, Lapointe se met ensuite à insulter et à dégrader sa victime, qu’il se met à suivre en se rendant à son école ou à son lieu de travail. Il lui envoie notamment des messages montrant qu’il la surveille.

Ces missives vaudront à l’accusé d’être arrêté une seconde fois le 23 janvier 2018. On le libère sous conditions, entre autres de ne contacter son ex petite amie sous aucun prétexte, ce qu’il fait toutefois le 5 février 2018 pour la blâmer de l’avoir fait retourner en prison.

Gestes graves

Si la poursuite, représentée par Me Laurence Bélanger, réclamait une peine d’emprisonnement de six à neuf mois assortie d’une probation à la remise en liberté de Nathan Lapointe, l’avocate de celui-ci, Me Rachel Mineau-Bernatchez proposait plutôt qu’on inflige à son client une absolution conditionnelle à l’accomplissement de certaines heures de travaux communautaires et au respect de conditions diverses.

Le juge Serge Champoux n’a toutefois pas adhéré à cette suggestion, jugeant que « l’absolution, conditionnelle ou non, ne reflèterait aucunement la gravité objective des gestes posés. »

« La revue de la jurisprudence indique à quel point le phénomène de diffusion par vengeance d’images intimes sur les réseaux sociaux est un phénomène récent avec lequel il faut apprendre à composer », souligne par ailleurs le magistrat, rappelant que « les images fournies par Nathan Lapointe à des sites pornographiques ont été rendues visibles au monde entier » et qu’il n’est pas exclu que des copies du fichier circulent toujours ou puissent circuler à nouveau en ligne.

Le magistrat a donc statué, il y a une dizaine de jours, sur une peine globale de 90 jours de prison, à raison de 30 jours par chef d’accusation. À sa sortie de prison, Lapointe sera soumis à une probation de deux ans sous plusieurs conditions.

Responsabilité entière

Le dépôt d’un rapport présentenciel a aussi alimenté la réflexion du juge Champoux.

Si le document présente l’accusé comme un jeune homme sans histoire, bien intégré socialement, aux études et occupant un emploi, on y relève aussi « le caractère immature de l’accusé, ses lacunes au point de vue de la responsabilisation, de la gestion de ses émotions de même que des traits de dépendance affective. En somme, le risque de récidive n’est pas écarté », note le juge, qui n’a pas été convaincu par les remords exprimés par Nathan Lapointe lors de son témoignage.

Le juge a d’ailleurs relevé le manque d’empathie de l’accusé face aux conséquences de ses gestes, se préoccupant plutôt de sa propre personne.

« Certes, l’accusé qui témoigne au moment des observations sur la peine mentionne avoir été fortement secoué par son séjour en prison. Ce choc qu’il décrit semble par contre entièrement relié aux conséquences sur lui, sans apparaître si authentiquement découler d’une prise de conscience relativement aux conséquences subies par la victime », a commenté l’homme de droit.

« Même après un second passage à la cour, il récidive en contactant à nouveau la victime, la blâmant, elle, pour ses inconduites répétitives. La responsabilité de l’accusé est entière et sans partage dans les gestes reprochés », a affirmé le juge Champoux, réitérant que la seule motivation de l’accusé était un désir de vengeance, qu’il a assouvi malgré l’avertissement des policiers.