Le juge à la retraite Alban Garon, sa femme et une amie du couple avaient été découverts sans vie au lendemain du meurtre survenu le 29 juin 2007, dans l'appartement 1002 du 1510, promenade Riverside.

Triple meurtre à Ottawa: Ian Bush était en colère contre l'impôt

Des détails troublants ont été révélés mercredi, lors de l'ouverture du procès d'Ian Bush, accusé du triple meurtre du juge Alban Garon, de sa femme Raymonde, et de l'amie du couple, Marie-Claire Beniskos, à Ottawa.
L'acrimonie et le sentiment de vengeance habitaient Ian Bush lorsqu'il s'est rendu chez le juge retraité de la Cour fédérale des impôts, Alban Garon, pour le tuer, en juin 2007. Le magistrat d'Ottawa était dans la mire d'un homme frustré par Revenu Canada.
Le procès d'Ian Bush, 61 ans, a pris son véritable envol mercredi matin, au palais de justice d'Ottawa. Il est accusé des meurtres prémédités du juge Garon, de sa conjointe Raymonde, et de leur voisine et amie, Marie-Claire Beniskos.
Alban et Raymonde Garon avaient commencé leur routine matinale, avant que Bush fasse irruption dans leur luxueux condo du 1510, promenade Riverside, le 29 juin 2007.
Heureux et profitant de jours tranquilles, le couple prévoyait faire une promenade en bateau, à la marina d'Aylmer. En soirée, ils devaient écouter un film avec des amis.
Ils ne s'y sont jamais rendus, et l'entourage des trois personnes s'est inquiété.
Le lendemain, Jean-Pierre Lurette, frère de Raymonde et résident du même complexe résidentiel, s'est rendu chez le couple. Il a été le premier à voir les corps d'Alban et de Raymonde Garon, ainsi que celui de leur amie Marie-Claire Beniskos, baignant dans une mare de sang.
Les trois avaient un sac de plastique sur la tête. Selon la police, ils ont suffoqué avant leur mort. Les deux femmes étaient attachées des mains aux pieds, derrière le dos. M. Garon, corde au cou, a été frappé à plusieurs reprises à la tête.
« J'ai pris panique », a dit M. Lurette, en racontant sa réaction à la cour suivant sa triste découverte. Il a fui l'appartement et s'est rendu chez lui pour faire le 9-1-1.
Les deux autres victimes, battues, ont subi des fractures. Ils semblent qu'elles étaient « à la mauvaise place au mauvais moment », selon la Couronne.
« Depuis les années 1990-2000, Ian Bush en voulait à Revenu Canada et au juge Garon, qui oeuvrait à la Cour fédérale des impôts, a dit le procureur de la Couronne, Me James Cavanagh. Il avait adopté un ton acrimonieux avec le ministère, les impôts étaient pour lui une abomination. Il était enragé contre Revenu Canada et les décisions de la Cour des impôts. »
Ian Bush était si motivé à faire du mal au juge retraité qu'il gardait un livre de notes dans lequel il jetait son fiel contre le juge. D'ailleurs, l'enquête a révélé qu'il avait déjà tenté d'appâter le juge, en écrivant une convocation bidon, dans laquelle il contestait une décision de la Cour des impôts.
L'adresse apparaissant sur la convocation, truffée d'insultes, était celle d'Ian Bush. Le juge Garon ne s'est jamais rendu à cet endroit.
Finalement un suspect
Dans le « journal » saisi par la police d'Ottawa, l'accusé écrit que les « percepteurs d'impôt sont la plus basse race de l'humanité », ajoutant que ceux qui travaillent pour l'impôt sont des extorqueurs.
Le cas est resté inexpliqué jusqu'en 2015, huit ans après le crime, quand Bush a finalement été arrêté à la suite d'un braquage à domicile chez une autre personne âgée.
Mercredi, M. Lurette, un agent immobilier, a expliqué à la cour qu'il avait vendu le condo à Mme Beniskos, qui voulait y emménager « pour des raisons de sécurité ».
Cependant, les caméras de surveillance n'enregistraient aucune image, seulement diffusée en direct sur des écrans vers un poste d'agent de sécurité.
La police a prouvé la présence de M. Bush grâce à l'ADN de l'accusé, mais aussi à des vidéos de surveillance d'une station d'Oc Transpo, captées le matin des meurtres.
Le suspect s'était muni de fausses cartes d'identité d'enquêteur de la Gendaremerie royale du Canada, d'un travailleur d'Hydro-Ottawa, d'un fonctionnaire fédéral et de celle d'un livreur. Il s'était également équipé de ruban adhésif résistant, de gants de caoutchouc, d'une carabine tronçonnée, et de sacs de plastique. Quelques jours avant les meurtres, Bush a cogné à la porte des Garon, mais le juge n'y était pas. Se faisant passer pour un livreur, il a dit à Raymonde Garon qu'il repasserait pour remettre le colis à M. Garon en personne.
Alban et Raymonde Garon avaient 77 ans et Marie-Claire Beniskos avait 78 ans.
Défi scientifique et loi des probabilités
La science sera au coeur du procès d'Ian Bush.
Le meurtre est survenu le 29 juin 2007, mais ce n'est qu'en 2015 qu'un suspect a été appréhendé.
La police d'Ottawa a nagé dans le néant pendant près de huit ans.
Sauf qu'après les meurtres, sans le déclarer publiquement, des échantillons d'ADN, mais aussi des empreintes de souliers bien particuliers, ont été prélevés sur la scène de crime.
« La police scientifique est restée sur la scène de crime pendant dix jours », a expliqué au jury le procureur de la Couronne, Me James Cavanagh.
Des expertises en balistique, en ADN et en scène de crime ont été menées. Les enquêteurs ont déterminé que l'intrus portait un modèle bien précis d'espadrilles New Balance, grâce à l'étude classique des traces de pas sur le plancher des Garon.
Le 18 décembre 2014, le suspect a commis une erreur en tentant de s'en prendre à un homme centenaire aujourd'hui décédé, Ernest Côté.
Ce vétéran de la Deuxième Guerre mondiale avait ouvert sa porte à Ian Bush.
Le suspect a ligoté M. Côté, a tenté de le tuer en lui mettant un sac sur la tête, puis s'est emparé de son argent.
Le modus operandi de Bush ressemblait beaucoup à celui de 2007 chez les Garon. La police a comparé les traces d'ADN recueillies sur les deux scènes. C'était bien Ian Bush.
M. Côté a survécu. Il a réussi à se défaire de ses liens et à appeler à l'aide.
Il a alerté la police, qui a mis la main sur des images issues d'une vidéo de surveillance.
Ian Bush a été arrêté en février 2015, le même mois du décès naturel d'Ernest Côté, alors âgé de 101 ans.