Depuis le début de sa détention en psychiatrie, Tom Néron n’a pas présenté de comportement agressif envers lui-même ou envers autrui.

Tom Néron pourrait profiter de sorties

Tom Néron devrait rester détenu au département de psychiatrie de l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke, mais il pourrait profiter de sorties pour poursuivre son cheminement.

L’homme de 36 ans était entendu, mardi, devant la Commission d’examen des troubles mentaux du tribunal administratif du Québec (TAQ) à l’hôpital Hôtel-Dieu du CHUS, qui a pris son dossier en délibéré.

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Le 2 novembre dernier, Tom Néron a été déclaré non criminellement responsable d’avoir causé le décès de sa mère Arlène Girard.

Les tragiques événements sont survenus le 8 janvier dernier rue du Paillard dans le secteur Rock Forest.

Un interdit de contact entre Tom Néron et plusieurs membres de sa famille pourrait être imposé.

Il pourrait aussi bénéficier de certaines sorties supervisées au Centre de réadaptation en dépendance de l’Estrie pour lui permettre de poursuivre son cheminement. La procureure aux poursuites criminelles Me Émilie Baril-Côté plaide que ces sorties soient supervisées, alors que l’avocat de la défense Me Marc-André Champagne de l’aide juridique propose que les pouvoirs soient délégués à son équipe traitante.

« Il comprend qu’il doit s’en remettre à ce qui est proposé pour lui. C’est certain qu’il y a une certaine déception. Il va se soumettre aux recommandations, mais son souhait est de retourner vivre avec sa famille comme avant. Dans la situation, c’est tout de même particulier comme souhait », a expliqué la psychiatre, la Dre Karine Forget, au TAQ.

Au cours des dernières semaines, Tom Néron a rencontré, pour une première fois depuis les gestes tragiques, son père, une cousine et une grand-mère à la cafétéria de l’unité de psychiatrie sous une supervision à distance.

« Il y a encore des questions de part et d’autre. C’est un début de travail avec la famille. M. Néron n’exprime pas beaucoup d’émotion. Il est ressorti satisfait d’avoir pu poser certaines questions, mais déçu de ne pas pouvoir retourner à la maison », indique la psychiatre Forget.

Depuis le début de sa détention en psychiatrie, Tom Néron n’a pas présenté de comportement agressif envers lui-même ou envers autrui.

« Nous allons continuer à l’observer. En ce moment, la médication fonctionne bien. Il est ouvert à nos rencontres et aux démarches de psycho éducation » affirme la Dre Forget.

Lors de l’audience, vêtu d’un chandail bleu avec une croix au cou, Tom Néron regardait droit devant lui.

Il affirme vouloir poursuivre sa médication et son suivi avec sa psychiatre. Il explique regretter ses gestes. Il soutient que son passage à l’acte a été causé par sa schizophrénie.

« On peut espérer une réadaptation et ultimement le réintégrer dans la société. Un travail plus en profondeur doit d’abord être fait. Il doit approfondir son état, sa maladie et s’approprier une partie de son bien-être », affirme la Dre Karine Forget.

Tom Néron est l’aîné d’une famille de dix enfants où le plus jeune est âgé de 14 ans. Il soutient qu’il comprend que plusieurs de ses frères et sœurs réclament des interdits contact avec lui.

« Je comprends qu’ils vivent des émotions, qu’ils sont inquiets et qu’ils ont peur. Je comprends que c’est anormal que j’aille à la maison. Ils ont sûrement peur de ce qui est arrivé et un peu de moi. C’est une tragédie qui s’est produite. Mes frères et sœurs cherchent des réponses. Ils veulent que je sois éloigné d’eux », a exprimé Tom Néron.

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« Ma mère ne m'avait rien fait »

« Le 8 janvier est comme un film. C’est une journée noire qui me fait sentir beaucoup de mélancolie. C’est sombre. Je m’en souviens avec tristesse. J’aimerais mieux ne pas m’en rappeler. »

Tom Néron affirme qu’il vivait isolé avec des sentiments de dépression et de désordre lorsqu’il a commis l’irréparable en tuant sa mère Arlène Girard.

« Ma mère ne m’avait rien fait. Ce n’est pas la faute de ma mère, mais celle de la maladie. J’ai beaucoup de tristesse de ne plus jamais la revoir. J’ai aussi un deuil à faire », a affirmé Tom Néron devant la commission d’examen des troubles mentaux du tribunal administratif du Québec (TAQ).


« Maintenant, je réalise que je n’allais pas bien. Avec cette maladie-là, il faut s’exprimer à notre médecin. »
Tom Néron

Tom Néron pensait que sa famille était dans une téléréalité, qu’il y avait des caméras cachées dans sa maison qui filmaient en tout temps et que sa mère avait des caméras dans les yeux.

La médication que prenait Tom Néron au moment où il a assené des coups de couteau mortel à sa mère ne fonctionnait « visiblement » pas.

« À ce moment-là, les évidences pointent vers le fait qu’il prenait sa médication », signale la psychiatre Dre Karine Forget du CHUS.

Ni drogue ni alcool

Tom Néron ne consommait ni drogue ni alcool au moment où il a vécu un épisode de psychose qui l’a mené à tuer sa mère.

« Il n’avait aucun geste de violence documenté. Si on ne suit pas les symptômes psychotiques, ça peut avoir l’air de sortir de nulle part. Mais si l’on remonte de quelques mois ou une année, on remarque qu’il se sentait persécuté. L’envahissement psychotique était rendu assez loin, mais il n’en faisait pas part », affirme la Dre Forget qui mentionne que l’observation des symptômes en psychiatrie permettra de contrôler les symptômes psychotiques.

« Je prenais ma médication régulièrement. J’allais la prendre à une heure précise. Mes parents me la donnaient. Je pensais que j’allais bien. J’aurais dû rencontrer mon médecin plus souvent. Maintenant, je réalise que je n’allais pas bien. Avec cette maladie-là, il faut s’exprimer à notre médecin », a confirmé Tom Néron devant le TAQ.

Le conjoint de la victime et père de l’accusé a demandé qu’un suivi obligatoire puisse être imposé aux personnes diagnostiquées schizophrènes.

« Pour nous autres, il est trop tard. Le mal est fait. Il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette absence de suivi », affirme le père de Tom Néron.

Tom Néron affirme qu’il ne visait pas particulièrement sa mère le 8 janvier dernier, mais « qu’elle passait par là ».

« J’ai pleuré le fait de ne plus pouvoir revoir ma mère. C’était une gentille maman. Je l’aimais beaucoup », affirme Tom Néron.

Médication 

Tom Néron a accepté de prendre de nouveaux médicaments et les psychiatres ont noté une diminution de ses symptômes.

« On ne peut utiliser beaucoup cette médication parce qu’elle n’a pas été approuvée par Santé Canada. Ce médicament est utilisé en Europe et donne de bons résultats. Nous avons fait appel à Santé Canada pour utiliser un médicament qui est démontré supérieur à d’autres antipsychotiques. Il n’y a rien de spécial autre que le fait qu’il n’est pas commercialisé au Canada », signale la Dre Forget.

Le père de Tom Néron a tenu à être rassuré que ce médicament importé d’Europe puisse continuer à être administré à son fils.

La Dre Forget affirme que Tom Néron « n’a plus de symptômes psychotiques de se sentir observé, persécuté, de se faire menacer ou se faire tuer par des électrochocs. Il a un recul par rapport à ces idées. »