Un homme a mis le feu à son ex-conjointe vendredi soir, dans le quartier Saint-Sauveur à Québec.

Tentative de meurtre par le feu: «l'acte ultime de violence conjugale»

«Un geste comme ça ne se pose pas de façon isolée. C’est probablement l’aboutissement d’une situation de violence. C’est le geste ultime pour se venger d’une rupture.»

La travailleuse sociale Claudine Thibaudeau œuvre dans le milieu de la violence conjugale depuis 20 ans, elle est responsable et intervenante à SOS Violence conjugale. Jointe par Le Soleil dimanche, elle s’est dite très triste des événements de vendredi soir dernier, où un homme a mis feu à son ex-conjointe à Québec. 

«Mettre quelqu’un en feu, c’est pour la tuer. Ce n’est pas pour la blesser ou la contraindre à changer d’idée. C’est l’acte ultime de la violence conjugale qui reflète la vengeance. Elle l’a quittée, et probablement qu’il a essayé d’autres choses pour qu’elle change d’idée avant d’en arriver là, d’autres formes de comportement de coercition», explique-t-elle.

Mme Thibaudeau est témoin de beaucoup de situations de violence conjugale qui tournent mal, mais mettre son ex-femme en feu, il est difficile de voir pire. 

«Il y a des meurtres conjugaux, et des agressions comme ça qui sont sauvages. Nous, on est là pour que des choses comme ça n’arrivent pas.»

L’organisme SOS agit un peu comme la police de la violence conjugale. Son rôle est d’évaluer les situations dans lesquelles les femmes se trouvent. Les intervenantes fixent les enjeux possibles d’une rupture ou discutent simplement avec les victimes pour leur transmettre des informations.

«Une rupture dans une situation de violence conjugale, c’est complexe. Il y a énormément d’enjeux, dont les enjeux de danger. Dans un nombre significatif de situations, le danger peut augmenter pour la femme et les enfants. On trouve donc des moyens pour faire diminuer ces dangers», soutient Mme Thibaudeau.

Par exemple, SOS Violence conjugale offrira de l’hébergement sécuritaire aux femmes. Ces maisons sont surveillées et cachées, les victimes peuvent y demeurer le temps d’une période difficile.

Les enfants marqués

Rappelons que les enfants de la victime et de l'agresseur étaient présents sur les lieux lors de l'événement tragique qui s'est déroulé dans le quartier de Saint-Sauveur.

«On sait que les enfants qui sont exposés à la violence conjugale peuvent être en choc post-traumatique au même titre que leur mère, même si la violence physique n’a jamais été dirigée vers eux», informe-t-elle.

«Ça va beaucoup affecter les enfants, et pas juste maintenant, mais toute leur vie parce que cette femme-là va avoir des séquelles énormes, et ça c’est si elle s’en sort. La destinée de ces enfants-là est changée à jamais. Ça ne veut pas dire qu’il ne vont pas s’en remettre, mais ils auront des défis à surmonter.»

Le service de SOS Violence conjugale est confidentiel et anonyme. Il est possible de joindre les intervenantes 24h sur 24 et 7 jours sur 7 au numéro 1 800 363-9010.

Manque de ressources

L’événement de vendredi ne survient pas sans inquiéter Mme Thibaudeau, qui constate de plus en plus le manque de ressources dans les maisons d’hébergement. 

«Plusieurs maisons accueillent des femmes au-delà de leur capacité et au-delà de leur financement. Des situations comme celle-là, malheureusement on a souvent peur que ça arrive. Tous les jours, on doit dire à des femmes qu’il n'y a pas de places. On a toujours peur que parce qu’on n’a pas pu offrir d’hébergement à une femme, il lui arrive quelque chose», déplore-t-elle.

La travailleuse sociale défend le fait qu’il devrait toujours avoir des places dans les maisons d’hébergement, pour qu’à tout moment, des femmes effrayées puissent s’y réfugier, le temps que les choses se calment ou qu’elle puisse chercher de l’aide.