Ugo Fredette a écouté les proches de ses victimes lui décrire leur douleur de vivre avec la perte d’une personne chère.

Témoignages touchants des proches des victimes d'Ugo Fredette

SAINT-JÉRÔME — « Tu m’as volé mon père. » C’est avec ces mots, et bien d’autres, que Jennifer Lacasse a crié sa douleur à Ugo Fredette, l’homme qui a été reconnu coupable du meurtre de son père, Yvon Lacasse. Des paroles qui ont fait écho à la souffrance décrite par des proches de Véronique Barbe, l’autre victime de cette journée meurtrière du 14 septembre 2017.

« Jamais je ne te pardonnerai », a ajouté Mme Lacasse en regardant Fredette dans les yeux, dans une salle de cour bondée du palais de justice de Saint-Jérôme.

Mardi matin, elle est venue dire au tribunal comment la mort de son père a changé sa vie, celle de sa famille et de ses amis, à tout jamais.

« Un trou dans le cœur », « un grand vide », « une douleur atroce » : les proches des deux victimes ont défilé devant la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure après avoir trouvé — et dit — les mots pour expliquer ce qu’ils vivent depuis le jour où l’homme de 44 ans a tué son ex-conjointe Véronique Barbe et Yvon Lacasse.

Il a d’abord poignardé Mme Barbe chez elle à Saint-Eustache avant de prendre la fuite avec un enfant qui se trouvait sur place. La Couronne avait fait valoir au jury qu’il avait tué Mme Barbe parce qu’il n’acceptait pas leur séparation. Fredette a été arrêté le lendemain en Ontario avec le bambin, après une cavale qui lui a fait parcourir des centaines de kilomètres.

Dans une halte routière de Lachute, il a tué Yvon Lacasse, un automobiliste de 71 ans qu’il a croisé par hasard. Il a pris son véhicule afin de poursuivre plus discrètement sa fuite. L’homme est mort de coups reçus à la tête, selon un expert qui a témoigné au procès.

Le mois dernier, Ugo Fredette a été reconnu coupable par un jury d’avoir commis ces deux meurtres.

Il y avait beaucoup d’émotions et de larmes dans la salle où s’est aussi déroulé le procès. Amis et membres de la famille des deux victimes, dont des adolescents, ont pris place au lutrin pour livrer de difficiles témoignages.

Véronique était une femme souriante, douce, aimante — « un rayon de soleil », a dit son père. Une amie loyale, toujours prête à aider les autres.

Plusieurs ont décrit Ugo Fredette comme un homme contrôlant, qui cherchait à éloigner sa conjointe de ses proches.

« À cause de toi Ugo ! », a crié dans sa direction la marraine de la mère de famille de 41 ans, « Véronique est devenue une autre femme. Elle avait perdu sa joie de vivre. Tu l’as traitée comme ta chose, ta possession, jusqu’à la priver de sa famille », a déclaré Jovette Biard en pleurant.

Il a écouté toute la matinée, l’air triste, le regard vide, sans réagir. Mais sans détourner le regard lorsque les reproches pleuvaient sur lui.

Les témoignages devaient aussi servir à illustrer à la juge les conséquences que ces crimes ont eues sur leur vie.

Colère, tristesse sans nom, anxiété, crises de panique, dépressions, hospitalisation, incapacité à travailler ou à aller à l’école, voilà les conséquences qui ont été décrites.

« Personne ne m’a réveillée de ce cauchemar », a dit Jennifer Lacasse qui a relaté l’angoisse vécue pendant les six jours lors desquels ils cherchaient tous son père, dont le cadavre a finalement été retrouvé dans un boisé.

« Ma plus grande peine sera toujours de ne pas l’avoir accompagné dans la mort. Personne ne lui a tenu la main. Personne ne l’a accompagné dans ses souffrances. Il est mort seul », a -t-elle ajouté en sanglotant.

Des jeunes dévastés

L’enfant de six ans qui a été emmené dans la fuite d’Ugo Fredette est « un enfant brisé, témoin de deux meurtres », a écrit dans une lettre destinée au tribunal une femme qui s’occupe de lui.

Un enfant pour qui une chanson « peut raviver un souvenir terrifiant », qui, lorsqu’il voit du sang, vit un état de choc et qui demande pourquoi il a des « images de mort » dans la tête, a-t-elle ajouté dans une lettre lue par le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau.

Un adolescent qui avait 14 ans au moment du meurtre de Mme Barbe, et qui ne peut être identifié, a tiré ce glacial constat : « J’ai appris que la confiance et l’amour pouvaient tuer ».

Parce qu’il ne pouvait l’avoir pour elle, il nous en a tous privés.

Il a dit que la dernière photo qu’il aura d’elle sera « celle où l’on voit les 17 coups de couteau infligés par celui qui disait l’aimer ».

La juge Lachance a souligné que cela prend un courage « extraordinaire » pour venir ainsi s’adresser au tribunal. « Je vous souhaite tous beaucoup de sérénité dans la suite de vos vies. »

Cette étape étant terminée, les avocats devront revenir devant la juge le 11 mars pour déterminer les dates des prochaines étapes, dont les plaidoiries sur la peine.

Ugo Fredette passera un minimum de 25 ans derrière les barreaux. Le procureur de la Couronne entend toutefois demander une période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle de 50 ans.