Adèle Sorella est la dernière personne qui a été vue avec ses filles vivantes.

Sorella est la dernière à avoir été vue avec ses filles vivantes, dit la Couronne

LAVAL — Adèle Sorella est la dernière personne qui a été vue avec ses filles vivantes, a plaidé lundi le procureur de la Couronne, Simon Lapierre, au procès de la femme de 53 ans pour meurtre au premier degré.

La Couronne a ainsi réaffirmé sa théorie de la cause: l’accusée a eu l’opportunité exclusive de tuer Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans, le 31 mars 2009.

«C’est la seule qui a pu commettre l’infraction et c’est sur cette base qu’on vous soumet qu’on a démontré sa culpabilité», a dit Me Lapierre, lors de sa plaidoirie.

Ce matin-là, sa mère Teresa Di Cesare avait quitté tôt la maison pour un rendez-vous, disant au revoir à sa fille et à ses petites-filles. L’accusée a témoigné n’avoir que presque pas de souvenirs de la journée du 31 mars 2009. Les enfants ont été retrouvées mortes en fin d’après-midi par Mme Di Cesare et deux de leurs oncles.

Lundi, Me Lapierre a exclu complètement la possibilité qu’une autre personne ait pénétré dans la demeure familiale et ait tué les fillettes: il n’y avait pas de traces d’entrée par effraction, pas de signe de bataille et aucun objet n’était cassé.

Il a aussi fait valoir que la Couronne n’avait pas à démontrer un mobile, soit la raison pour laquelle l’accusée aurait commis ce geste. Ce n’est pas un élément essentiel de l’infraction, a-t-il expliqué au jury.

Et il n’y a aucune raison de penser que les fillettes aient été victimes d’un accident. Elles ont été retrouvées allongées côte à côte dans leur salle de jeu, sans trace de violence. Comme si elles avaient été déposées là, a dit l’une des premières répondantes sur les lieux, un témoignage que le procureur de la Couronne a rappelé à la mémoire des jurés.

Adèle Sorella était censée être avec ses enfants, a lancé Me Lapierre: «Mais elle était où?»

Celle-ci a été retrouvée des heures plus tard, après avoir percuté un poteau avec sa voiture au milieu de la nuit.

Fait plutôt rare dans un procès, la cause du décès d’Amanda et de Sabrina n’a pas été déterminée.

Mais la Couronne insiste sur le fait qu’elle n’a pas à démontrer hors de tout doute raisonnable comment les filles sont mortes, que ce soit dans la chambre hyperbare ou autrement, a-t-il ajouté.

Il a d’ailleurs amené les jurés à réfléchir au sujet de cette fameuse chambre hyperbare portative, qui serait, selon la pathologiste judiciaire, la source possible d’une mort par asphyxie des enfants. Cet équipement se trouvait dans la maison pour traiter l’arthrite juvénile de Sabrina.

Me Lapierre a relevé qu’il n’y a aucun signe que les enfants se soient débattues ou aient résisté.

Est-il raisonnable de penser qu’un étranger ait réussi à mettre les fillettes dans la chambre, sans qu’elles se débattent? a-t-il demandé. N’est-il pas plus raisonnable de penser qu’elles étaient consentantes et qu’elles se sentaient en confiance? a-t-il aussi demandé, laissant entendre qu’il devait donc s’agir de quelqu’un connu des enfants, comme leur mère.

Le procureur de la Couronne a aussi fait ressortir plusieurs éléments du témoignage de Mme Sorella, contredit par d’autres témoins, et cela, pour attaquer sa crédibilité.

Celle-ci a écouté l’avocat, sans broncher, l’air épuisé.

La défense

La semaine dernière, Me Pierre Poupart, l’un des avocats de Mme Sorella, s’est employé pendant quatre jours à présenter au jury toutes les raisons pour lesquelles il estime qu’elle ne devrait pas être reconnue coupable.

Il a notamment mis l’accent sur le fait que personne n’a été en mesure de déterminer la cause du décès des enfants, et a fait ressortir des éléments de la preuve qui soutiennent, selon lui, la possibilité qu’un tiers soit entré dans la maison.

Bref, rien dans la preuve de la Couronne ne démontre que c’est Mme Sorella qui a commis le crime, mais si le jury retient qu’elle a tué ses petites filles, il plaide l’article 16 du Code criminel sur la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Des experts sont venus témoigner que l’accusée avait eu un épisode de dissociation ce jour-là. Si le jury ne croit pas qu’elle remplisse les critères permettant cette défense de non-responsabilité, Me Poupart a indiqué au jury que l’état mental de sa cliente a aussi un impact sur sa capacité de former l’intention de commettre un crime.

Mais pour la Couronne, Mme Sorella n’était pas dans un état de dissociation le 31 mars. Me Lapierre soutient que l’accusée a menti à sa mère et à ses filles ce matin-là, en disant qu’elle avait un rendez-vous médical avec les enfants, alors que ce n’était pas le cas. Son geste était prémédité, plaide-t-il.

Me Poupart avait aussi rappelé l’état mental fragile de sa cliente pendant des années auparavant, et les trois tentatives de suicide qu’elle a faites - dossiers médicaux à l’appui.

De plus, le père des enfants, Giuseppe De Vito, était recherché par la police au moment où ses filles sont mortes. Il avait quitté le domicile familial en 2006 et était en cavale depuis. Il est mort plus tard en prison, en 2013.

Le procès criminel de l’accusée a débuté à la mi-novembre, au palais de justice de Laval.

Mercredi, la juge Sophie Bourque de la Cour supérieure, qui préside le procès, donnera les instructions en droit aux jurés. Toute de suite après, ils commenceront leurs délibérations.