Âgé de 75 ans, Pierre St-Onge a vu son permis de conduire être suspendu après avoir avoué à son médecin qu’il consommait du cannabis.

Son permis est suspendu pour avoir avoué consommer du cannabis

TROIS-RIVIÈRES — Un septuagénaire de Trois-Rivières a vu son permis de conduire être suspendu par la Société d’assurance automobile du Québec après avoir avoué à son médecin qu’il consommait du cannabis.

Pierre St-Onge, âgé de 75 ans, a reconnu, l’hiver dernier, avoir fait l’usage de la substance nouvellement légale dans le cadre de l’examen médical nécessaire afin de conserver son droit de conduire en raison de son âge en vertu de la réglementation de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Il précise qu’à aucun moment son médecin ne lui aurait demandé la quantité de drogue qu’il consommait. Comme le cannabis est maintenant légal au Canada, il ne croyait pas que ça lui causerait des problèmes.

Il a toutefois reçu une lettre au cours du mois de mars pour l’informer qu’il devait soit «se soumettre à une évaluation auprès d’un partenaire pour démontrer que son comportement envers la consommation de drogues ne contrevient pas à la sécurité routière» ou «fournir la preuve de son médecin qu’il est en rémission depuis trois mois ou plus» afin de conserver son permis. «Je ne fume que deux ou trois ‘‘puffs’’ généralement tôt le matin après mon déjeuner. Je ne prends pas ma voiture avant le début de l’après-midi et je suis complètement ‘‘dégelé’’ à ce moment», raconte celui qui reconnaît faire usage de cannabis depuis plus de 45 ans, mais qui précise qu’il peut très bien passer plusieurs jours sans consommer.

M. St-Onge dénonce également les frais de 345 $ qu’exige le partenaire dont il est question dans la lettre qu’il a reçue, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), pour procéder à l’évaluation demandée par la SAAQ.

Pour se faire justice et retrouver son droit de conduire, M. St-Onge conteste la décision de la SAAQ devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ) et envisage la possibilité de porter plainte auprès du Collège des médecins. «Je vois mon médecin demain [mercredi] et on va voir comment on peut régler ça», confie-t-il.

Sans commenter précisément le présent cas, le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt, soutient qu’un automobiliste peut voir son permis être suspendu si un médecin juge qu’il risque de ne pas faire la distinction entre la consommation et la conduite d’un véhicule de façon sécuritaire.

Le porte-parole ajoute que le rôle des médecins relativement à cette question n’a pas changé depuis la légalisation. Dans cette optique, il explique que s’ils constataient qu’une personne pouvait constituer un risque, que ce soit pour la consommation de drogues ou encore d’alcool, ils étaient déjà tenus d’en faire mention dans leur rapport.

Gare à la banalisation

Pour sa part, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens de la Mauricie, Dr Pierre Martin, rappelle que ses membres ont un travail à faire afin de protéger leurs patients et la population en général et que rien n’a changé depuis l’entrée en vigueur de la loi entraînant la légalisation du cannabis.

«C’est le public qui banalise occasionnellement la consommation de substances. Les gens confondent légalisation et banalisation [...] Il faut comprendre que pour conduire un véhicule, il faut être à son affaire et être en mesure de prévoir les imprévus de la route. Pour ça, ça prend un cerveau en santé», laisse tomber Dr Martin.