Shakti Ramsurrun

Ramsurrun: les délibérations cinq ans après le triple meurtre

Mardi, cinq ans jour pour jour après le triple meurtre de Anne-Katherine Powers et de ses parents, Louise Leboeuf et Claude Lévesque, le jury entamera ses délibérations dans le procès de Shakti Ramsurrun. Après avoir entendu des témoignages troublants, vu des preuves horribles, et des scènes sanglantes pendant plus d'un mois, les 12 jurés devront déterminer si cet homme de 33 ans est coupable de meurtre prémédité, comme espéré par la Couronne, de meurtre sans préméditation ou d'homicide involontaire. Cette dernière option est la thèse privilégiée par la défense. Les deux parties ont livré leurs plaidoiries, vendredi, au palais de justice de Gatineau.
Écarter l'horreur, privilégier la logique
La défense demande au jury de ne pas se laisser impressionner par l'horreur de la scène du drame.
« Je vous fais une mise en garde dans cette affaire, a dit l'avocat de Shakti Ramsurrun, Me Richard Dubé. C'est la stratégie de la Couronne que de faire correspondre l'horreur de la scène au niveau d'accusation. »
Me Dubé a dit aux 12 jurés, vendredi, qu'ils devaient dépasser leurs propres préjugés, et laisser « à la rue, aux médias » les commentaires sur le côté spectaculaire et apeurant de cette affaire.
« Il a tué trois personnes, concède Me Dubé. Mais pour nous, c'est un homicide involontaire. Votre travail, c'est de déterminer le niveau de responsabilité. »
Selon la défense, Shakti Ramsurrun a « explosé » lorsque Louise Leboeuf, la mère de son ex-conjointe, lui a dit que son bébé n'était plus le sien, que sa fille voyait un autre homme, et qu'il devait « décrocher » de cette vie manquée au Canada.
L'avocat a affirmé que Louise Leboeuf, sans mériter cette mort, était l'une des principales causes de ce drame. La défense l'a décrite comme une femme contrôlante qui enlevait toute décision liée au bébé aux parents, Shakti Ramsurrun et Anne-Katherine Powers. « Elle lui met l'ordinateur devant lui et lui montre une conversation Facebook entre Anne-Katherine et un autre jeune homme. Elle lui dit : 'ce n'est plus ton bébé'. Depuis l'Île Maurice (quelques mois auparavant), c'est toujours Louise qui décide. (...) C'est un entonnoir, la pression a monté, puis est arrivée cette soirée du 23 mai où elle dit à Shakti qu'il n'a plus d'enfant. »
Selon Me Dubé, la Couronne tente de « diaboliser » Shakti Ramsun.
L'avocat de la défense a rappelé les témoignages des amies d'Anne-Katherine, contradictoires sur les gestes présumément violents de son ex-conjoint, à l'Île Maurice et au Canada.
« Vous êtes le filtre entre la Couronne et l'accusé. C'est une erreur judiciaire de la Couronne que de tenter de faire inculper cet homme sur un meurtre avec préméditation. Il faut s'attarder à l'intention spécifique. Il voulait ou il ne voulait pas tuer ? Est-on certains que Shakti réalisait pleinement ce qu'il était en train de faire ? Le nombre de coups (plus d'une cinquantaine sur les trois victimes) n'est pas un gage d'intention spécifique consciente. »
Shakti, a dit son avocat, peut sembler « moins humain, dangereux », voire « dégoûtant ».
« Il faut faire la différence entre punir et juger, a-t-il conclu. Vous devez juger. »
La Couronne évoque «le gros bon sens»
La Couronne demande au jury d'utiliser son « gros bon sens » en déclarant Shakti Ramsurrun coupable de trois meurtres prémédités.
L'expression a été répétée à plusieurs reprises par le procureur Sylvain Petitclerc, vendredi. « C'est votre outil primordial. »
Selon Me Petitclerc, les jurés ne sont pas des « filtres », comme la défense l'a soutenu dans sa plaidoirie, mais « des juges ».
Shakti Ramsurrun avait eu l'ultimatum de quitter la maison qu'il habitait depuis six mois avec ses beaux-parents, son bébé et la mère de l'enfant.
Anne-Katherine, son ex-conjointe, était apeurée et se confiait à voix basse, au téléphone, à ses amies, afin de ne pas être entendue par le suspect.
La jeune femme voyait un autre homme, Shakti Ramsurrun ne voulait pas perdre son enfant, qui était l'unique héritier logique si tout le monde mourait. 
L'héritage de l'enfant, selon Me Petitclerc, lui servirait bien s'il en profitait seul. « Il ne veut pas quitter et il veut constamment revenir avec Anne-Katherine. L'enfant vaut de l'argent. »
« Il tue Anne-Katherine d'abord, puis Claude Lévesque (le beau-père d'Anne-Katherine) et Louise (la mère d'Anne-Katherine). »
Sur la scène de crime, une note tachée de sang, écrite par Louise Leboeuf, disculpe Shakti Ramsurrun et ajoute qu'il « peut prendre l'enfant ». L'écriture est celle de Louise, mais elle n'est pas écrite de façon naturelle. Ramsurrun a aussi écrit sur un tableau « Je ne suis pas le tueur ».
Selon la Couronne, le suspect a gardé Louise vivante pour lui faire écrire cette lettre, avant de l'achever. Au poste de police, le suspect a insisté pour que la police trouve cette note, pourtant tachée du sang de la victime et de son tueur.
Une fois Anne-Katherine décédée, le jeune homme de 28 ans, a décidé délibérément de tuer les deux autres adultes, soutient Me Petitclerc.
« Le lendemain, il fuit avec le bébé, le passeport, les papiers de l'enfant et cartes bancaires. Il invente une histoire d'introduction par effraction dans laquelle un agresseur lui a lancé un verre, ce qui l'a blessé. »
Le procureur croit que ce verre aurait plutôt été utilisé par Mme Powers, qui tentait de se défendre.
Claude Lévesque a été attaqué « par surprise » dans le dos, alors que Louise saignait toujours lorsqu'elle a écrit la note, dans le passage de la maison.
« Pourquoi y avait-il du sang dilué sur la poignée de porte de la sortie de la maison ? » a proposé Me Petitclerc.
Le suspect a nettoyé la scène très sanglante avant de fuir vers Montpellier, pour revenir dans le secteur Aylmer, où il a été arrêté. « Il a ensuite tenté de donner une fausse piste aux policiers. »
La préméditation est évidente pour la Couronne. Les meurtres ont eu lieu dans un contexte de harcèlement pour Anne-Katherine, de séquestration pour Louise. « Et Claude a été poignardé dans le dos. »