Shakti Ramsurrun

Ramsurrun coupable de deux meurtres prémédités et d'un meurtre non prémédité

Shakti Ramsurrun ne reverra pas le soleil de l'Île Maurice avant au moins 2037, peut-être même jamais plu. Un jury a déclaré l'homme de 33 ans, originaire de ce petit pays de l'océan Indien, coupable de deux meurtres prémédités et d'un autre sans préméditation, vendredi, au palais de justice de Gatineau.
Cinq ans après le drame, les jurés ont déclaré le tueur coupable des meurtres au premier degré de Claude Lévesque et de Louise Leboeuf, le beau-père et la mère d'Anne-Katherine Powers, son ex-conjointe qui a aussi péri dans cette tuerie.
Selon le jury, Shakti Ramsurrun n'a pas prémédité le meurtre de Mme Powers. Il a cependant retenu la thèse du meurtre sans préméditation.
Cette culpabilité de meurtre non prémédité laisse entendre qu'il est « possible », selon le procureur de la Couronne, Me Sylvain Petitclerc, que Shakti Ramsurrun ait tué Anne-Katherine, avant d'éliminer Claude et Louise.
L'enfant du couple Powers-Ramsurrun, alors âgé d'un an, est resté indemne dans une chambre de l'étage supérieur du 64, rue Félix-Leclerc, la maison du secteur Aylmer où s'est produit la tragédie le 23 mai 2012.
Le lendemain des meurtres, le jeune père a pris la fuite vers Montpellier, avec l'enfant, pour revenir sur son lieu de travail, le club de golf Rivermead. C'est à cet endroit qu'il a parlé à des collègues de travail qui, eux, ont alerté la police de Gatineau.
Anne-Marie Lévesque, la fille de Claude, a assisté à presque toutes les journées du procès, qui a duré sept semaines.
Soulagée et émotive, elle considère qu'il lui est peu important de savoir qui a été tué en premier. « L'ordre des décès, ça m'importe peu, honnêtement. L'étendue des blessures (des dizaines de coups de couteau pour chaque victime), nous étions au courant, mais oui, on a appris un peu, du fait que c'était un après l'autre, et pas une mêlée. »
Mme Lévesque s'adressera au tribunal et au tueur en juin prochain. « Notre vie est en suspens, dit-elle. C'est extrêmement difficile de faire un deuil. »
Peines concurrentes 
Le meurtrier est au coeur d'une première dans l'histoire judiciaire de l'Outaouais. D'ici le mois de juin, la Couronne pourrait demander que Shakti Ramsurrun purge trois peines de prison à vie, de façon consécutive.
Les deux chefs de meurtre prémédité lui valent la prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans suivant son arrestation. En recevant ces deux peines à purger de façon consécutive, il ne pourrait demander sa libération conditionnelle avant 50 ans suivant la date de son arrestation, soit en 2062.
C'est sans compter l'autre peine pour meurtre non prémédité, qui ne permet pas de libération conditionnelle avant 10 à 25 ans, comme le prévoit la loi.
Cette peine reliée au meurtre au deuxième degré fera l'objet d'un autre débat, devant le juge Éric Downs, dans les prochaines semaines.
« On va examiner la situation, dit le procureur de la Couronne, à savoir si c'est approprié dans les circonstances, de demander à ce que toutes les peines ou l'une ou l'autre des peines soient consécutives. »
Si, au contraire, les peines doivent être purgées de façon concurrente, le tueur pourrait demander sa libération conditionnelle en 2037, 25 ans après la date de son arrestation du 24 mai 2012. La peine à purger pour le meurtre au deuxième degré serait alors incluse dans cette période.
Une pression en moins pour les proches
Shakti Ramsurrun a pris le chemin de la prison. Il pourrait y demeurer pour le restant de sa vie.
Dans la salle d'audience, le jury a prononcé le mot «coupable» à trois reprises. La famille des victimes a gardé sa retenue, mais quelques mains se sont délicatement déposées sur les épaules de proches et de membres de la famille, qui attendaient ce moment depuis cinq ans.
Claude Lévesque est l'une des trois victimes de Shakti Ramsurrun. Sa fille, Anne-Marie-Lévesque, fait partie de ces membres de la famille soulagés.
À l'extérieur de la salle de cour, les étreintes sont nombreuses. Au rez-de-chaussée du palais de justice de Gatineau, la femme ne peut s'empêcher de faire de même avec le procureur de la Couronne, Me Sylvain Petitclerc, qui a piloté le dossier devant le juge Éric Downs, de la Cour supérieure.
Dossier complexe, trois victimes, aucun survivant, sauf un enfant qui n'a jamais pu dire ce qui s'est réellement produit dans la résidence familiale. 
Le bébé, qui est celui du meurtrier et d'une des victimes, n'avait qu'un an au moment des meurtres.
«On ne peut jamais dire qu'on est satisfait, parce que c'est un drame, a déclaré Me Petitclerc, mais on accueille favorablement le verdict du jury.»
L'avocat de la défense, Me Richard Dubé, prévoit contester la constitutionnalité de la concurrence des peines à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, qui pourrait être imposée. 
Me Dubé n'a pas immédiatement commenté le dossier, vendredi. Les débats entourant cette affaire se poursuivront en juin.