Le directeur du service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) Mario Harel, entouré de son état-major.

Radio-Canada envisage de porter plainte contre le SPVG

Le journaliste de Radio-Canada Ottawa-Gatineau arrêté pour harcèlement criminel à la suite d’une plainte de la directrice générale des Grands frères Grandes sœurs de l’Outaouais (GFGSO) est soulagé qu’aucune accusation ne sera déposée contre lui, mais il reste très amer contre la police de Gatineau. Des recours ne sont d’ailleurs pas écartés par son employeur.

« Quelle semaine », a laissé tomber d’entrée de jeu Antoine Trépanier lors d’une conférence de presse jeudi après-midi dans les bureaux de Radio-Canada Ottawa-Gatineau.

« Dans les dernières heures, j’ai pris connaissance de la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à mon sujet. Je tiens à le remercier d’avoir fait ses devoirs, et d’avoir pris le temps nécessaire pour rendre une décision juste dans les circonstances », a ajouté le reporter de 28 ans.

« La dernière semaine a été extrêmement difficile à bien des égards. Jamais durant mon reportage sur la directrice générale des Grands frères Grandes sœurs de l’Outaouais (Yvonne Dubé) n’ai-je pensé un seul instant que ça se terminerait par une arrestation au Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) », a continué M. Trépanier.

Antoine Trépanier était flanqué du directeur de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier, lors de la conférence de presse. L’employeur a toujours plaidé à la suite de l’arrestation de son journaliste que ce dernier « avait fait un travail irréprochable, dans le respect des normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada », a souligné M. Cloutier. Rappelons que M. Trépanier préparait un reportage révélant que Mme Dubé « s’est faussement présentée comme avocate et a pratiqué le droit sans autorisation de septembre 2011 à mars 2012 ».

« Nous avons toujours cru la version d’Antoine, et nous aurions évidemment souhaité que cette version soit entendue par la police avant qu’elle ne procède à son arrestation. Nous avons appuyé Antoine dès les minutes qui ont suivi son arrestation. Nous l’avons appuyé toute la semaine parce que nous savons que la liberté de presse doit être défendue bec et ongle par tous ceux qui ont les moyens de le faire », a tenu à préciser M. Cloutier, tout en rappelant que le DPCP a conclu jeudi qu’aucun acte criminel n’a été commis dans cette histoire.

En réflexion
M. Trépanier continue de déplorer que la police de Gatineau ne lui ait pas donné l’occasion de donner sa version des faits avant son arrestation, le 13 mars au soir, et il souhaite obtenir des excuses du SPVG. Le journaliste et la société d’État se donnent encore du temps pour décider si des recours seront entrepris contre la police. « Nous devons regarder ça de très près avant de prendre une quelconque décision. Je dois préciser que ce n’est pas dans les habitudes de Radio-Canada et CBC d’entamer des poursuites dans ce genre de situation, mais nous allons analyser ça avec nos avocats », a expliqué M. Cloutier.


«  Je pense que la police (...) n’a pas fait ce que j’ai fait, soit de vérifier l’autre côté de l’histoire.  »
Antoine Trépanier

Antoine Trépanier a signalé avoir communiqué à quatre occasions avec Mme Dubé dans le cadre de son reportage, soit trois appels et un courriel. Il lui a parlé une fois au téléphone pendant de dix à vingt minutes. Durant la conversation, Mme Dubé a convié M. Trépanier au bureau des GFGSO pour une entrevue, a relaté le journaliste, jeudi. Elle était toutefois absente au rendez-vous. M. Trépanier a tenu à signaler qu’il n’a jamais menacé Mme Dubé dans ses communications avec elle.

« Mme Dubé avait le droit de porter plainte, c’était son droit le plus fondamental. Je n’ai pas de problème avec ça, mais je pense que la police de la Ville de Gatineau n’a pas fait ce que j’ai fait, soit de vérifier l’autre côté de l’histoire », a déploré le journaliste, qui a aussi mentionné n’avoir aucune idée du contenu de la plainte contre lui.

M. Trépanier a tenu à remercier sa famille, ses proches, le public, ses patrons, ses collègues à Ottawa et ailleurs au pays et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec pour les appuis qui lui ont été formulés et pour la défense de la profession. « Je n’ai jamais voulu l’attention qui m’a été portée dans les derniers jours. Je suis journaliste pour rapporter la nouvelle, et non l’inverse », a-t-il indiqué.

Les Grands Frères se refusent à tout commentaire

À la suite de l’annonce de l’abandon de toute poursuite criminelle et pénale par le DPCP contre le journaliste radio-canadien Antoine Trépanier, les membres du personnel des Grands frères Grandes sœurs de l’Outaouais (GFGS) ont reçu comme consigne de ne pas faire de commentaires à ce sujet aux médias.

Le président du conseil d’administration de l’organisme, Richard Gravel, n’a pas, non plus, rappelé Le Droit. 

Le conseil d’administration des GFGSO avait annoncé, lundi, qu’il accordait encore toute sa confiance à Mme Dubé, qui est donc encore en poste comme directrice générale de l’organisme.

À la FPJQ

Quant à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le président du chapitre de l’Outaouais de l’organisme, Mathieu Lacombe, s’est réjoui de la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Mais, selon lui, le dossier n’est pas clos.

« L’arrestation d’Antoine Trépanier, faut pas se le cacher, a été reprise d’un bout à l’autre du Canada. Au Canada, au Québec, à Gatineau, il y a des journalistes qui peuvent se faire arrêter parce qu’ils font leur travail. Le mal est fait, dans un certain sens.» 

« On va être attentif à la suite des choses, c’est-à-dire : est-ce que tout a été fait dans les règles de l’art ? Toutes les procédures ont-elles été suivies ? Si c’est le cas, est-ce qu’on pourrait changer la façon de faire ? On peut aussi se poser cette question-là. C’est certain qu’on va suivre le dossier avec beaucoup d’attention.»  

M. Lacombe est conscient du fait que le débat s’est élargi à l’ensemble de la société et que ce sera peut-être au Législateur de trancher à un plus haut niveau sur cette problématique. « On a dit : “là, on en parle parce que c’est un journaliste (qui est visé), mais ça arrive aussi à d’autres personnes de la société et ça ne fait pas les manchettes”. C’est peut-être un bon débat à faire, mais ce n’est pas à la FPJQ de mener ce débat-là », a conclu M. Lacombe.