La victime a réussi à échapper à l'emprise de son père, qui le battait, l'affamait et l'humiliait.

Quinze ans pour le père de l'enfant martyr

Un ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) affecté à la lutte au terrorisme a reçu une peine de 15 ans de pénitencier pour avoir martyrisé son fils de 11 ans pendant six mois, dans le secteur Kanata, en 2012 et 2013.
Un peu plus de quatre ans après avoir vu l'enfant de 11 ans à l'hôpital, la détective Johanne Marelic et la sergente Tracy Butler, de la police d'Ottawa, étaient émotives, mercredi, après avoir entendu la sentence du juge Robert Marenger, de la Cour supérieure de l'Ontario.
L'une d'elles a même versé quelques larmes, empreintes de joie. Lorsque le petit s'est échappé de la résidence familiale, en février 2013, l'enfant ne pesait que 60 livres.
Pendant six mois, son père, qui venait d'avoir sa garde à la suite du décès de la mère biologique, a fait vivre l'enfer au garçon.
Douches froides, privation de nourriture, brûlures aux parties génitales avec un briquet à barbecue, session « d'exorcisme », tournage d'une vidéo dans laquelle la victime apparaît nue et effrayée dans le sous-sol, simulation de noyade, enchaînement à un poteau et menottage des mains aux pieds ne sont que quelques-unes des atrocités imposées à l'enfant.
« Si un jour, tu cesses de penser à toi, tu vas réaliser que tu as mal agi », a écrit la victime, aujourd'hui à l'âge de l'adolescence. Ces quelques mots ont été lus par une des enquêtrices au dossier, à l'endroit du père, avant la sentence.
« Je me suis fait un ami », a dit, émue, la détective Johanne Marelic qui a précisé à la presse que l'adolescent va aujourd'hui très bien, se faisant des amis, et profitant de l'amour de son nouvel entourage.
D'ailleurs, son père s'est vu interdire, à vie, d'approcher son fils dans un rayon de deux kilomètres.
Cette prédisposition sera appliquée dans un peu plus de 13 ans, lors de l'éventuelle sortie de prison du père, qui a déjà purgé 22 mois de détention préventive.
Satisfaits
Les procureurs de la Couronne, Me Marie Dufort et Me Charles Boyce, se sont dits satisfaits du dénouement de cette affaire, après plus de quatre ans de procédures.
Le ministère public demandait 23 ans de pénitencier, alors que la défense avait plaidé pour une peine de 5 à 7 ans, étant donné le stress post-traumatique subi par l'homme dans son enfance, pendant la guerre au Liban.
La conjointe du père infâme, qui n'est pas la mère biologique de la victime, a reçu une peine de trois ans de pénitencier, cet hiver, pour voies de fait armé et pour avoir omis de fournir le nécessaire à la vie d'un enfant. Le juge a qualifié son histoire de « crime d'omission ».
Le juge a souligné que les autres enfants de ce couple mangeaient à leur faim et étaient traités convenablement.
« De la torture, a dit le juge. Et par une personne qui compte le plus pour un enfant - le père - qui faisait lui-même partie du système judiciaire, en tant que policier de la GRC. »
Le tribunal a retenu les traits narcissiques, obsessifs, compulsifs et dépressifs de l'individu, qui est resté calme et silencieux tout au long du procès.
« Le père lui a volé de précieux souvenirs d'enfance », a poursuivi le magistrat, au terme d'une des histoires les plus choquantes de la récente histoire judiciaire d'Ottawa.