Les cartes de crédit qu'utilisait Madame Cohen avaient été obtenues de façon illégale.

Qui est «Madame Cohen»?

Un chauffeur de taxi de Gatineau accusé d’importantes fraudes à l’endroit de tenancières de restaurants et de cafés, échappe à un verdict de culpabilité, probablement parce qu’il y a participé bien malgré lui, croit un juge de la Cour du Québec.

Le juge Richard Meredith est plutôt d’avis que l’accusé ne savait pas qu’il participait à ce stratagème. Du moins, un doute raisonnable dans son esprit ne lui a laissé d’autre choix que de prononcer un acquittement dans cette affaire nébuleuse.

Le tribunal est d’avis que ce dernier n’avait pas le « mens rea », soit l’intention de commettre une infraction criminelle. »

« Madame Cohen »

Fait plutôt dérangeant, la principale suspecte est introuvable, a-t-on indiqué au palais de justice de Gatineau, jeudi.

Cette femme, qui se présentait comme une certaine « Madame Cohen » auprès de ses victimes, est aujourd’hui libre comme l’air. Elle serait partie au large depuis qu’elle a senti la soupe chaude.

Le modus operandi a toujours été le même, auprès des propriétaires de La Vieille Alliance, du Café Gaïa et du Café La Tierra Coop. Entre 2015 et 2016, les victimes ont perdu des montants allant de quelques centaines de dollars, à plus de 29 000 $.

Pendant cette période, la mystérieuse « Madame Cohen » appelait dans ces commerces, en commandant des dizaines de repas pour, disait-elle, nourrir les employés de sa compagnie de construction.

Elle payait par carte de crédit, et demandait d’ajouter un montant en argent comptant à la facture.

Les commerçantes concluaient la transaction et ajoutaient, en argent comptant, le montant demandé. Toujours par téléphone, « Madame Cohen » ajoutait, par exemple, que ce montant devait servir à acheter du vin à ses employés.

Ensuite, la mystérieuse femme envoyait un chauffeur de taxi sur place pour récupérer les repas, et l’argent.

Ce chauffeur de taxi, acquitté jeudi, lui rapportait ensuite le colis, et l’argent.

Or, les cartes de crédit avaient été obtenues de façon illégale. Les transactions étaient frauduleuses. Les compagnies de crédit ont contacté les commerçantes pour faire la lumière sur ces transactions.

Le chauffeur de taxi n’a pas témoigné lors de son procès.

Son avocat, Me Sébastien Gagnon, a fait valoir que rien ne prouvait que la mystérieuse femme et le chauffeur de taxi « se connaissaient très bien », et que son client « fermait les yeux » volontairement.

Le magistrat a ajouté que le chauffeur jouait franc jeu, lorsqu’il se rendait chez les tenancières. Il donnait son numéro de téléphone et s’identifiait clairement, chose qui serait plutôt inhabituelle dans le cas d’un fraudeur avéré.

Selon la Couronne, le chauffeur « savait qu’il aidait cette femme dans un stratagème frauduleux » et l’accusé se fermait volontairement les yeux sur ce qui se tramait.

Le juge est d’un autre avis.

« Il n’y a aucun doute que ‘Mme Cohen’ est le maître d’œuvre qui a profité de petits commerçants vulnérables. Rien ne démontre que l’accusé était au courant. »