Derek Trépanier

Quatre ans pour avoir « noirci la profession »

Un ancien agent correctionnel de la prison de Gatineau écope de quatre ans de détention pour avoir « noirci la profession » en participant à un système de corruption.

Derek Trépanier, 35 ans, a reconnu ses gestes, vendredi.

Il a plaidé coupable à des chefs de corruption, d’abus de confiance, et de possession de drogue dans le but d’en faire le trafic au sein même de l’établissement carcéral du secteur Hull.

Le gardien de prison déchu, arrêté en septembre 2017, était responsable de la surveillance de l’aile B2.

Selon les faits rapportés au juge Valmont Beaulieu, Derek Trépanier a accepté des sommes de 2500 $ à 5000 $ pour faire entrer du tabac, des téléphones cellulaires, des sacs de ballons, du papier à rouler, des métamphétamines, du Fentanyl, du cannabis et du haschich.

Le détenu Éric Chénier et l’ex-conjointe de celui-ci, Andréanne Pelletier-Gauthier, étaient de mèche avec le gardien de prison. Cet ancien couple est en attente de procès pour corruption de fonctionnaire.

Le chef d’unité de la prison de Gatineau avait des doutes sur le comportement de son employé, dès le mois de juin 2017.

« On voit sur les vidéos des caméras de surveillance que M. Chénier va à la rencontre de M. Trépanier », explique la procureure de la Couronne, Me Marie-Claude Daoust. « M. Trépanier remet un sac brun servant habituellement à transporter les effets personnels des détenus. On voit ensuite un détenu faire un “pouce en l’air” à M. Chénier, et M. Chénier reçoit des “high five” (des tapes dans la main) des autres détenus. »

Au total, les enquêteurs recensent six livraisons.

M. Trépanier a dit au juge Beaulieu qu’il avait « été bien naïf », car il avait accepté, au départ, de ne faire entrer que du tabac et de la marijuana derrière les murs de la prison. Pourtant, ce stratagème a permis aux prisonniers de mettre la main sur de l’alcool, de la drogue dure, des cellulaires, du papier à rouler, des briquets, des piles, et de la pellicule plastique. La Sûreté du Québec a saisi plus de 16 000 $ à la résidence du gardien de prison.

« Le public voit cela, et se dit : “Hey ben... Ils en ont pris un autre”, a commenté le juge Beaulieu. Les agents correctionnels veulent améliorer leurs conditions de travail... Et là, vous avez noirci vos collègues, et la profession. »

Le supérieur de Derek Trépanier l’a interpellé avant son quart de travail du 13 septembre 2017. Il lui a demandé de voir son sac, ainsi que le contenu d’un sac brun se trouvant derrière sa chaise d’employé. Une forte odeur de cannabis s’en dégageait.

« Je regrette amèrement d’avoir fait cela à mes collègues, mes supérieurs, ma famille », a dit le grand gaillard, avant de se rendre aux geôliers. Je veux m’excuser. Jamais je ne voulais faire entrer du Fentanyl. »

Derek Trépanier a été agent correctionnel pendant douze ans. Il dit avoir flanché aux demandes répétées d’Éric Chénier. »

Dès son interrogatoire au poste de police, l’agent de la paix « s’est mis à la table », a dit son avocat, Me Denis Labelle. Il est rapidement passé aux aveux et a collaboré à l’enquête.

Le juge a entériné la proposition commune de la défense et de la Couronne et a ordonné une peine de 48 mois de pénitencier.