Le conducteur, qui aurait fait un rapide aller-retour au dépanneur, est revenu chez lui quelques minutes plus tard, où il a été accueilli par des policiers en devoir.
Le conducteur, qui aurait fait un rapide aller-retour au dépanneur, est revenu chez lui quelques minutes plus tard, où il a été accueilli par des policiers en devoir.

Quand la police arrête la police

Un policier de Gatineau a raconté comment son propre collègue avait tenté de le convaincre de ne pas l’arrêter pour conduite avec les capacités affaiblies, lundi, au palais de justice.

Le procès du policier Charles Carpentier se déroule à Gatineau, devant un juge de Valleyfield, Bertrand St-Arnaud.

Le ministère public a fait entendre trois agents, qui sont intervenus auprès de leur collègue, le 15 octobre 2014, à l’aube.

Une voisine venait d’alerter le 911 après que M. Carpentier, au volant de sa camionnette, ait percuté deux voitures en quittant son domicile, vers 5h45.


« C’est pas vrai, gros... Tu feras pas ça? Je perds ma job je perds tout. »
Le policier Charles Carpentier, arrêté pour conduite avec les capacités affaiblies

La témoin, Lise Beauchamp, croyait à une crise d’hypoglycémie, car même s’il avait une conduite erratique, Charles Carpentier prenait la peine de cogner chez les propriétaires des voitures endommagées, pour les avertir des incidents.

Le conducteur, qui aurait fait un rapide aller-retour au dépanneur, est revenu chez lui quelques minutes plus tard, où il a été accueilli par des policiers en devoir.

Premier agent du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) à témoigner pour la Couronne, l’agent Marc-Olivier Lavoie a affirmé que le suspect semblait en état d’ébriété, car il avait la bouche pâteuse, une démarche chancelante, des yeux vitreux, et une allocution «lourde».

«Il était plus ou moins collaboratif, a raconté l’agent Lavoie. Il disait que tout était réglé, qu’on pouvait partir.»

L’odeur d’alcool, mélangé à celle de cannelle (que l’agent Lavoie a relié au gros morceau de gomme que mâchait son collègue éméché) les a convaincu de lui faire subir un alcotest, de l’arrêter pour conduite avec les capacités affaiblies par l’alcool, et de lui rappeler son droit au silence.

«C’est à ce moment, selon le témoin Lavoie, que M. Carpentier a dit: "C’est pas vrai, gros... Tu feras pas ça? Je perds ma job je perds tout."»

L’agent Lavoie et son coéquipier, Sébastien Coulombe, lui ont rappelé qu’ils n’avaient pas le choix. «On lui a dit qu’on faisait notre travail.»

Dans l’autopatrouille, le policier Carpentier s’est dit très embêté d’aller souffler dans l’éthylomètre, au poste de police de Gatineau. Il leur aurait confié qu’il songeait à refuser de souffler dans l’appareil.

Charles Carpentier maintient son plaidoyer de non-culpabilité. Son avocat n’a pas confirmé s’il ferait témoigner son client, dans le cadre du procès, qui doit se poursuivre jusqu’à mercredi. La défense doit faire entendre un témoin expert, cette semaine. L’agent Carpentier est en arrêt de travail depuis son arrestation, confirme le SPVG.