Le policier Daniel Montsion lors de son arrivée au palais de justice mardi.

Procès d'un policier d'Ottawa : la défense dit avoir reçu une vidéo «trafiquée»

La défense a lancé un pavé dans la mare, mardi, dans le procès du policier d’Ottawa accusé d’homicide involontaire, Daniel Montsion.

Les avocats du policier Daniel Montsion affirment que la Couronne leur a soumis — à la dernière minute, dimanche dernier — une version « trafiquée » d’une vidéo, au cœur de la preuve du ministère public.

L’agent Montsion est accusé d’homicide involontaire, de voies de fait graves et d’agression armée d’Abdirahman Abdi, le 24 juillet 2016.

La vidéo originale, sur laquelle une partie de l’altercation mortelle se déroule, doit être présentée au procès. Les images proviennent de la caméra de surveillance du 55, rue Hilda, où habitait la victime.

Toutefois, une deuxième version de la même vidéo a refait surface, dimanche.

Cette vidéo aurait été modifiée et convertie dans un format numérique différent de la première, ce qui aurait pour effet de « ralentir » l’action.

Mardi, la défense a lu un courriel de la Couronne (envoyé dimanche après-midi) qui l’avertissait qu’elle « venait de prendre connaissance » de l’existence de cette nouvelle version.

Bien que la Couronne affirme ne pas vouloir déposer cette deuxième version en preuve officielle, la défense croit tout de même qu’elle risque de nuire aux procédures, puisque des experts se seraient déjà appuyés sur cette vidéo « ralentie », dès novembre 2016, pour conclure à un homicide.

La défense se plaint de la « distorsion » entre les deux versions, qui risque de confondre le tribunal.

Cette version « ralentie » a, selon la défense, influencé l’analyse du pathologiste judiciaire consulté par le ministère public, qui a conclu à la responsabilité de Daniel Montsion pour la mort de M. Abdi.

« En visionnant la première vidéo, le pathologiste Christopher Milroy a déclaré que la cause de la mort était accidentelle, a plaidé Me Friedman. Puis, en visionnant la vidéo convertie (la vidéo “ralentie”), dès novembre 2016, dans les bureaux de l’Unité des enquêtes spéciales, ses conclusions ont changé pour l’homicide. »

« Trafiquée »

Cette vidéo de l’altercation entre les policiers et la victime constitue la pierre d’assise du procès.

La défense et la Couronne se préparent à décortiquer, à la seconde près, les événements qui ont conduit à la mort d’Abdirahman Abdi, devant le 55, rue Hilda, à Ottawa.

L’avocat de Daniel Montsion, Me Solomon Friedman, a qualifié cette deuxième vidéo de « trafiquée » (doctored, en anglais) devant le juge Robert Kelly.

La défense a demandé au juge Kelly un délai supplémentaire afin de permettre à son équipe d’analyser cette nouvelle version.

Le ralentissement allégué ferait croire à une moins grande force physique de l’intervention de la part du collègue de Daniel Montsion, Dave Weir. Ce dernier n’a pas été accusé.

Enfin, la version originale contenait une bande indiquant le minutage précis des événements, ce que la deuxième version ne contiendrait pas.

Pour la défense, il semble primordial que chaque seconde soit décortiquée, afin de mettre les actions du policier accusé dans leur contexte.

Le tribunal doit donner son avis sur les arguments de la défense, plus tard cette semaine.