Jonathan Falardeau-Laroche (à gauche)

Procès de Jonathan Falardeau-Laroche: après le conducteur, le bébé

Quelques heures après avoir vu son patient épileptique Jonathan Falardeau-Laroche happer mortellement une femme enceinte, le neurologue pour enfant Dr Michel Sylvain a dû soigner le tout petit bébé, sauvée in extremis.

Le contre-interrogatoire du médecin spécialiste s’est poursuivi toute la journée mardi, pour une seconde journée. Il est le témoin principal de la poursuite, qui veut prouver que Falardeau-Laroche, 25 ans, est coupable de négligence criminelle causant la mort de Marie-Pier Gagné.

Le Dr Michel Sylvain répond longuement, sans impatience - ou presque - aux questions posées d’un ton abrasif par l’avocat de défense, Me Simon Roy.

L’avocat de défense remet en question plusieurs réponses fournies par le Dr Sylvain au sujet de l’ultime consultation avec son patient Jonathan Falardeau-Laroche, le 10 août 2016, entre 9h20 et 10h. L’accident mortel devant le CHUL s’est produit vers 10h15.

La rencontre a-t-elle bien duré 40 minutes? Avez-vous vraiment interdit au jeune homme épileptique de conduire? Votre réponse n’est-elle pas différente de ce que vous avez dit à l’enquête préliminaire, en février 2018? 

Le neurologue pédiatrique affirme que presque tous les détails de cette fatidique journée sont cristallisés dans sa mémoire en raison des fortes émotions qu’il a ressenties. Un peu comme le souvenir de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001, lors des attentats terroristes à New York, illustre-t-il.

Après sa consultation avec Jonathan, le DSylvain a vu d’autres patients. Vers 11h, il est allé à l’urgence pour remplir ses tâches de neurologue de garde. Il a vu sa résidente, complètement effondrée après avoir tenté, avec d’autres collègues, de sauver Marie-Pier Gagné.

En soirée, il a dû intervenir auprès de la petite fille de Mme Gagné, que les médecins avaient réussi à accoucher avec une césarienne d’urgence. «Elle avait une hémorragie au cerveau et on a décidé de la transférer à Montréal, évoque le DSylvain. Je priais le Bon Dieu pour que je n’aie pas à croiser le père, qui n’était pas là à ce moment.»

Le neurologue pédiatrique est rentré chez lui vers 23h. Pendant des semaines, dit-il, il a été incapable d’ouvrir un journal et de lire sur le drame. 

Il s’est résolu à relire ses notes de consultation avec Jonathan Falardeau-Laroche seulement une semaine avant de témoigner à la cour lors de l’enquête préliminaire. Le médecin a rencontré le jeune homme 13 fois en 13 ans.

Moyen de transport

En réponse aux questions de l’avocat de défense, le neurologue a admis qu’il n’avait pas demandé à Jonathan Falardeau-Laroche, le 10 août 2016, par quel moyen de transport il s’était rendu à l’hôpital. Le médecin n’a pas vu dans la salle d’attente si quelqu’un accompagnait le jeune homme de 22 ans.

Le médecin a demandé à Jonathan s’il conduisait et lui a dit qu’il ne pouvait et ne devait pas conduire, devant le retour de ses crises d’épilepsie, contrôlées depuis quelques années. 

Le jeune homme a dit qu’il ne conduisait pas puis a précisé qu’il pouvait lui arriver de déplacer des véhicules dans la cour du garage où il travaillait. «Il me dit qu’il ne conduit pas, je suis rassuré», indique le Dr Sylvain.