On ignore encore si Harvey Weinstein va témoigner à son propre procès pour viol.
On ignore encore si Harvey Weinstein va témoigner à son propre procès pour viol.

Procès de Harvey Weinstein: la poursuite a appelé son dernier témoin

Associated Press
La poursuite au procès pour viol de Harvey Weinstein a fini de présenter ses témoins, jeudi, après plus de deux semaines de récits parfois déchirants de six femmes, dont certaines ont dit que l’influent producteur n’acceptait pas de se faire dire non et soutenait qu’à Hollywood, c’est comme ça qu’une femme pouvait faire avancer sa carrière.

Les avocats de Weinstein vont maintenant commencer à appeler leurs témoins à la barre, mais on ne sait pas encore si l’accusé lui-même va témoigner. Cela pourrait toutefois être risqué, car les procureurs pourraient alors l’interroger sur chacune des allégations dont les jurés ont déjà entendu parler en détail au procès.

«Je dis à mes clients qui souhaitent témoigner: vous perdrez votre bouclier – moi – et vous serez tout seul», a expliqué l’avocat de la défense Brian McMonagle, qui avait obtenu l’avortement du premier procès de Bill Cosby pour agression sexuelle en 2017. Par contre, si l’accusé refuse, «certains jurés vous en tiennent rigueur».

L’avocate de Weinstein, Donna Rotunno, a demandé jeudi au juge de classer l’affaire, plaidant que le témoignage de la femme qui l’accuse de viol «ne démontrait en aucun cas un acte forcé». Le juge a rejeté la requête.

L’avocate de Weinstein, Donna Rotunno

Harvey Weinstein est accusé à New York d’avoir violé une femme en 2013 et d’avoir agressé sexuellement Mimi Haleyi, une ancienne assistante de production, en 2006. L’homme de 67 ans plaide que les relations sexuelles étaient pleinement consenties; il risque la prison à vie s’il est reconnu coupable.

Le procès s’est déroulé beaucoup plus rapidement que prévu. Les jurés devaient initialement s’attendre à six semaines de témoignages, mais l’affaire pourrait être close d’ici la mi-février. La défense devrait notamment appeler un psychologue spécialiste de la mémoire, afin de soulever dans l’esprit des jurés des doutes sur les souvenirs des accusatrices pour des rencontres qui, dans certains cas, remontent à 20 ou 30 ans.

Un scénario bien établi

Lauren Marie Young, un mannequin de la banlieue de Philadelphie, a été la dernière des accusatrices à témoigner au procès. Elle a raconté que Weinstein l’avait invitée dans sa chambre d’hôtel à Beverly Hills, l’avait attirée dans la salle de bain, s’était déshabillé, puis avait baissé sa robe et touché ses seins. Son allégation fait partie d’une autre accusation criminelle déposée contre Weinstein en Californie au moment même où s’ouvrait le procès à New York, le 6 janvier.

En plus des deux plaignantes à New York, d’autres femmes, dont Mme Young, ont été autorisées à témoigner à ce procès, même si les gestes qu’elles lui reprochent ne font pas partie de l’acte d’accusation. Les procureurs tentaient de démontrer que Weinstein suivait un scénario bien établi: il invitait des femmes dans sa chambre d’hôtel pour «discuter affaires», puis se déshabillait et exigeait d’elles des faveurs sexuelles.

Le témoignage de Mme Young corroborait celui de la première accusatrice appelée à la barre, l’actrice Annabella Sciorra. Elle a soutenu que Weinstein avait fait irruption dans son appartement au milieu des années 1990, l’avait jetée sur un lit et l’avait violée alors qu’elle tentait de le repousser en lui donnant des coups de pied et des coups de poing.

Entre les témoignages de ces deux femmes, les jurés ont entendu des histoires similaires de femmes beaucoup plus jeunes, que l’accusé disait vouloir aider dans leur carrière avant de les inviter dans une chambre d’hôtel ou un appartement et de les violer.

La défense prévoit aussi appeler à la barre deux hommes qui connaissaient Mme Sciorra: le réalisateur d’un film tourné au début des années 1990, dans lequel elle a joué, et un ancien agent que Weinstein a recruté plus tard pour savoir si l’actrice parlait aux journalistes.

Garder contact

Au cours des dernières semaines, la défense, en contre-interrogatoire, a tenté de démontrer aux jurés la complexité des relations entre les accusatrices et Weinstein. Les avocats de l’accusé ont présenté en preuve des courriels amicaux envoyés au producteur par une présumée victime, après la prétendue agression.

La femme a reconnu qu’elle avait eu d’autres relations sexuelles avec Weinstein - elle a expliqué qu’elle était restée en contact parce que l’ego du producteur «était si fragile» et que cela la faisait se sentir «en sécurité». Les procureurs ont également montré aux jurés des courriels suggérant que Weinstein essayait de maintenir à flot leur relation complexe, réclamant de nouvelles rencontres avec des messages comme «vas-tu me revoir ou m’oublier...».

Les procureurs ont tenté de contrer le coup en faisant témoigner une psychiatre spécialisée dans le comportement des victimes d’agressions sexuelles. La docteure Barbara Ziv, qui avait témoigné au deuxième procès de Cosby en 2018, a soutenu que la plupart des victimes continuent d’avoir des contacts avec leurs agresseurs par crainte de représailles et parce que beaucoup espèrent que ce qui s’est passé «n’est qu’une aberration».