L’agent François Laurin avait contesté le verdict de culpabilité et ensuite remporté sa cause en appel. Le nouveau procès reprend au palais de justice de Gatineau, au grand désarroi des parents de la victime, Éric Rompré.

Prise 2 du procès de l’agent Laurin

L’histoire se répète au palais de justice de Gatineau, alors que le deuxième procès d’un policier de la Sûreté du Québec (SQ) accusé de conduite dangereuse causant la mort a débuté cette semaine à Gatineau.

Selon la Couronne, la conduite de l’agent François Laurin a causé la mort d’Éric Rompré, un jeune festivalier qui se rendait au Rockfest de Montebello, le 16 juin 2012.

Le policier en service filait à 182 km/h sur la route 148, près de Papineauville, avant de percuter la voiture que conduisait M. Rompré.

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Aussitôt emprisonné, aussitôt libéré

Déclaré coupable le 27 janvier 2017, l’agent François Laurin a reçu plus tard une sentence de 12 mois de détention pour ce même chef d’accusation.

Il a remporté sa cause en appel, contestant le verdict rendu par le juge Maurice Parent, de la Cour du Québec.

Au grand désarroi de la famille d’Éric Rompré, tout reprend à zéro, au palais de justice de Gatineau, cette semaine.

La victime, Éric Rompré

La juge Anouk Desaulniers préside le deuxième procès.

Les parents de la victime, Richard Rompré et Linda Noonan, sont toujours aussi amers, forcés de revivre cette épreuve judiciaire.

Ses proches, résidant à l’extérieur de la région, sont de retour au palais de justice de Gatineau, fidèles à leurs habitudes du premier procès. Ils assistent à toutes les procédures.

Appel

Dans son verdict de culpabilité, le juge Parent avait écrit: «la façon de conduire de l’accusé était dangereuse pour le public, eu égard aux circonstances, y compris la nature et l’état du lieu, l’utilisation qu’en est faite ainsi que l’intensité de la circulation à ce moment ou raisonnablement prévisible dans ce lieu».

Les trois juges de la Cour d’appel ont cependant penché en faveur de la défense en novembre dernier. Ils ont conclu que le juge de première instance avait erré en droit, en omettant d’analyser certains arguments de la défense.

Il aurait fallu analyser davantage la nécessité pour le policier de circuler en état d’urgence, selon la défense.

«Autrement dit, écrivent les trois juges de la Cour d’appel, la preuve de l’actus reus (du geste criminel) de l’infraction ne permet pas, à elle seule, de conclure raisonnablement à l’existence de l’élément de faute requis.»

Le premier juge, selon la Cour d’appel «aurait donc dû procéder à une analyse de l’état d’esprit véritable [du policier], ce qu’il n’a pas fait.»

2012

François Laurin a percuté la petite Mazda d’Éric Rompré et de sa conjointe Marie-Ève Bossé, le 16 juin 2012, sur la route 148, près de Papineauville. Éric Rompré a perdu la vie, et Mme Bossé a été éjectée, et grièvement blessée.

Le couple se rendait au Rockfest de Montebello.

Selon la preuve déposée au premier procès, le policier répondait à un appel d’assistance à un collègue aux prises avec un homme intoxiqué, et filait à 182 km/h dans une zone de 90 avant la collision.

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EXTRAITS DE LA DÉCISION DU JUGE PARENT

«Quand (l’agent Laurin) envisage le dépassement, il voit qu’il n’y a aucun véhicule venant en sens inverse.  Il vérifie les entrées, balaie son champ de vision, circulant toujours à 120-130 km/h et se rapproche de la Mazda. Il se déporte à gauche, dans l’autre voie et il appuie à fond sur l’accélérateur. En se déportant vers la gauche, il a vu les feux de freinage de la Mazda s’allumer ; il s’est alors dit que le conducteur l’avait vu.»

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«Puis soudainement, la Mazda (de la victime) traverse la ligne médiane. L’accusé lève le pied de l’accélérateur, mais ne peut éviter l’impact.»

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«Quand il vu les feux de freinage, il a cru que la Mazda ralentissait pour le laisser passer, mais il a tourné à sa gauche. Il ne voyait pas pourquoi un véhicule tournerait à cet endroit, un vieux dépôt d’huile désaffecté.»

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«Quand il a vu les feux de freinage, il s’attendait à ce que la Mazda reste dans sa voie. Par la suite, il n’a pas été possible d’éviter la collision.»