Près de sept heures d'interrogatoire

Pour la première fois depuis cinq ans, il a été possible d'assister aux coulisses de cette affaire, dont le procès se déroule depuis plus d'un mois au palais de justice de Gatineau.
Lundi, le juge Éric Downs de la Cour supérieure a autorisé l'accès à cette vidéo aux médias. Le Droit et Radio-Canada en ont obtenu une copie.
L'action de déroule au poste de police de Gatineau, le 25 mai 2012, au lendemain de l'arrestation du suspect.
La vidéo a été présentée le mois dernier, lors du procès, mais le magistrat a autorisé l'accès à cette vidéo seulement une fois que la Couronne a eu terminé de présenter sa preuve.
Il devait y avoir « deux Shakti », a dit l'enquêteur Mathieu Guilbault au jury. « L'homme calme, et l'homme en colère. »
L'enquêteur a expliqué au jury comment il avait parlé au suspect lors de l'interrogatoire qui a duré 6 h 40, le 25 mai 2012.
Aujourd'hui âgé de 33 ans, Shakti Ramsurrun est accusé des meurtres avec préméditation de son ex-conjointe Anne-Katherine Powers, ainsi que de la mère et du beau-père de celle-ci, Louise Leboeuf et Claude Lévesque.
M. Guilbault, aujourd'hui lieutenant-détective, a expliqué la raison pour laquelle il posait des « questions alternatives » au suspect lors de son interrogatoire.
Lorsqu'il suggère à M. Ramsurrun qu'il a perdu le contrôle, sans avoir préparé son crime, il cherche à « proposer une réalité dure, et une autre plus facile à verbaliser » dans le but d'amener un échange, ou peut-être permettre au suspect de se « sauver la face » en livrant la version « facile » d'un quelconque accident.
« On va sur le côté rationnel et la pensée logique », a ajouté le policier, lors de son témoignage.
L'enquêteur, convaincu qu'il n'y a jamais eu de cinquième personne dans la résidence du crime, dit avoir répertorié « huit versions » différentes de la part du suspect. En plus des trois victimes et du présumé meurtrier, il y avait dans la même maison l'enfant de l'ancien couple, heureusement indemne.
Garder le silence
Entre 5 h et midi, le 25 mai 2012, soit quelques heures avant sa première comparution au palais de justice de Gatineau, Shakti Ramsurrun dit vouloir garder le silence, ajoutant qu'il souhaite participer, avec les policiers, à la recherche de la vérité
Le temps passe et le policier lui fait réaliser qu'il possède de nombreuses preuves contre lui, et qu'il devrait parler pour aider sa cause.
Shakti ramsurrun répète qu'il veut garder le silence, sous les conseils de son avocat.
La scène de crime, qualifiée d'« extrêmement complexe » par l'enquêteur à la barre des témoins, était encore en observation policière, au moment où l'interrogatoire battait son plein.
Une vingtaine d'enquêteurs ont participé à l'exercice.
Les étapes de l'interrogatoire
Pendant le procès de Shakti Ramsurrun, le lieutenant-détective Mathieu Guilbault, de la police de Gatineau, a énuméré les étapes suivies lors de l'interrogatoire du suspect, menée le 25 mai 2012, et présentée au jury cinq and plus tard, dans le cadre de son procès pour triple meurtre.
1. On tente de faire le lien entre la personne et la nature du dossier.
2. La version libre: On amene la personne à verbaliser une première version des événements. On reprend la version pour s'assurer de ce qu'elle veut nous dire.
3. La question d'observation: On tente de valider le mobile du crime, d'aller chercher l'émotion, le sentiment, l'hypothèse que la personne peut émettre sur la nature des événements.
4. La question d'appât: On fournit un élément de preuve, le meilleur ou le plus facile à présenter à la personne.
5. On fait comprendre que pour l'équipe policière, il n'y a pas de doute que c'est la personne qui est attachée au crime.
6. On arrête de donner de la preuve.
7. On traite des craintes et des préoccupations sur ce qui va se passer
8. La question alternative. On propose un scénario plus compliqué et un scénario moins grave auquel le suspect va se rattacher, dans le but d'avoir une verbalisation des faits.
Témoignage en direct de l'Île Maurice
La soeur de Shakti Ramsurrun témoigné depuis l'Île Maurice, mardi, dans le cadre du procès de l'homme de 33 ans accusé de triple meurtre à Gatineau en 2012.
Le lien vidéo a permis aux 12 jurés, au palais de justice de Gatineau, d'entendre la version des faits de la famille de l'accusé.
Avant le drame, la famille du suspect s'est rendue dans ce pays de l'océan Indien.
La soeur de M. Ramsurrun, Sadna, a mentionné que Louise Leboeuf, la mère d'Anne-Katherine Powers (la conjointe de l'accusé) était contrôlante et voulait prendre toutes les décisions concernant le nouveau-né issu du couple.
La soeur a décrit son frère comme une personne non violente qui aimait sa famille.
L'accusé a souri en entendant sa soeur parler.