La Ville de Gatineau admet le délai dans l’intervention policière dans le dossier de Thérèse Gauvreau, mais pas dans le dossier d’Amadou Alkaly.

Poursuite contre Gatineau: le dossier en délibéré

Le dossier d’un homme qui poursuit la Ville de Gatineau et sa police pour préjudices moraux qu’il associe à la défaillance dans le déploiement des services d’urgence la journée du meurtre de Thérèse Gauvreau, en janvier 2017, a été pris en délibéré par un juge de la Cour du Québec.

La cause a été entendue mardi à la division des petites créances au palais de justice de Gatineau après un échec de la médiation.

Ousmane Amadou Alkaly réclame 15 000 $ en dommages.

M. Alkaly, qui était un voisin de Mme Gauvreau, affirme que la répartitrice qui a pris son appel au 911 lorsque Jean-François Dupuis a tenté de s’introduire chez lui avant d’aller causer l’irréparable a fait preuve de « négligence et d’insouciance » en classant son appel comme non urgent, a-t-il plaidé devant le juge Gabriel de Pokomandy.

Devant le tribunal, M. Alkaly a expliqué que Dupuis « est sorti de nulle part » et qu’il s’est mis à crier et frapper violemment la baie vitrée et la porte-fenêtre de sa demeure avec une planche. M. Alkaly dit avoir pris une lampe pour frapper dans sa fenêtre pour tenter de faire déguerpir l’individu.

« C’était une scène à faire glacer le sang », a illustré M. Alkaly en cour.

En même temps, lui et une personne avec qui il était dans sa résidence ont appelé le 911 pour obtenir l’intervention des policiers.

« J’ai dit que nous étions en danger et que nous avions besoin d’aide », a-t-il ajouté, tout en précisant que la répartitrice n’a pas pris son appel au sérieux.

Il y a eu un délai de 30 minutes entre le premier appel et l’arrivée des policiers de Gatineau chez lui, a dénoncé M. Alkaly. C’est après leur arrivée chez M. Alkaly que les policiers ont découvert le corps de Mme Gauvreau.

Le plaignant affirme qu’il a subi de « graves préjudices moraux » en raison de la négligence qu’il attribue à la Ville. Il a indiqué avoir vécu de l’anxiété, fait des cauchemars, manqué des jours de travail et que ses troubles psychologiques l’ont forcé à suivre un traitement médical.

La Ville de Gatineau admet le délai dans l’intervention policière dans le dossier de Mme Gauvreau, mais pas dans le dossier de M. Alkaly, ce qui a fait réagir le juge.

« Je ne vois pas pourquoi on est en tort lorsque quelqu’un est décédé, mais qu’on ne l’est pas quand quelqu’un n’est pas décédé », a répliqué le juge à une déclaration de Claude Fortier, chef de la section des réclamations à la Ville de Gatineau.

« Ce n’est pas parce que quelqu’un survit à une tragédie que la Ville peut dire qu’il n’y a pas de faute parce qu’il n’est pas mort », a ajouté le magistrat.

La Ville de Gatineau affirme qu’une partie des séquelles subies par M. Alkaly est liée à la tentative de violation de domicile de Jean-François Dupuis.

« Il n’y a pas de lien de causalité entre les dommages que réclame M. Alkaly et le délai de réponse des policiers », a argué M. Fortier.

« Il est indéniable que quelqu’un qui est exposé à une situation traumatisante, et qu’on ne secourt pas, fini par avoir sa situation aggravée par l’absence de secours », a toutefois répliqué le juge.

La Ville de Gatineau a tenu à mentionner que la santé de M. Alkaly s’est améliorée à la suite des interventions de professionnels et que son dossier de santé dans cette affaire a été fermé en juillet dernier, avec une dernière intervention en mai.

« Il n’y a pas de preuves prépondérantes entre le montant que M. Alkaly réclame et les séquelles qu’il prétend avoir subies », a affirmé M. Fortier.

Le juge rendra son verdict à l’intérieur des quatre prochains mois.