Peter Khill est accusé d'avoir abattu un Autochtone en 2016.

Plaidoiries au procès d’un Ontarien accusé du meurtre d’un Autochtone

HAMILTON - La défense et la poursuite ont présenté leurs plaidoiries finales, lundi, au procès d’un Ontarien accusé d’avoir tué un Autochtone qui s’était introduit dans sa camionnette, pendant la nuit, dans l’entrée de garage.

Peter Khill, âgé de 28 ans, de Hamilton, a admis qu’il avait abattu Jon Styres de deux coups de fusil le 4 février 2016, mais il soutient avoir ouvert le feu en état de légitime défense - il croyait que la victime pointait une arme sur lui. Le jury a appris au procès que Jon Styres, âgé de 29 ans, n’était pas armé. L’accusé a plaidé non coupable à l’accusation de meurtre au deuxième degré.

Les plaidoiries des avocats ont tourné lundi autour de la formation militaire de l’accusé, qui a été réserviste pendant quatre ans.

Durant le procès, M. Khill a expliqué qu’en apercevant un étranger sur sa propriété, sa formation militaire lui avait instinctivement commandé d’agir de façon proactive. Son avocat a plaidé lundi que «les soldats sont formés» ainsi. Me Jeffrey Manishen a comparé son geste à celui des militaires américains en vacances en France qui avaient réussi à maîtriser un homme armé dans un train Thalys en 2015.

Le procureur de la Couronne a quant à lui soutenu que le passé militaire de l’accusé aurait justement dû le pousser à faire preuve de retenue en certaines circonstances. Me Steve O’Brien a aussi plaidé que l’accusé n’était pas en zone de guerre cette nuit-là, mais face à un civil, et qu’il aurait dû prendre un peu de temps pour analyser la situation avant de tirer - comme devrait le faire par ailleurs tout citoyen, militaire ou non.

M. Khill et sa compagne avaient été réveillés par des bruits à l’extérieur de leur maison, dans un quartier rural de Hamilton, et ils ont vu Jon Styres à l’intérieur de leur vieux «pick-up», a-t-on appris au procès. L’accusé a alors chargé son fusil de chasse et il est allé confronter la victime. Le procureur de la Couronne a plaidé lundi que l’accusé aurait dû demeurer à l’intérieur de la maison et appeler la police.

Légitime défense ?

Me O’Brien a aussi dit aux jurés que la déposition de M. Khill aux policiers différait de son témoignage au procès, notamment pour expliquer son état de légitime défense. Il a aussi mis en doute le fait que l’accusé ait procédé à des manoeuvres de réanimation sur la victime.

La défense a indiqué aux jurés qu’ils pouvaient aussi reconnaître l’accusé coupable d’homicide, mais qu’ils devraient tout simplement l’acquitter. Le fait que la victime n’était finalement pas armée ne fait aucune différence en matière de légitime défense, a plaidé Me Manishen, parce qu’il s’agit de démontrer que l’accusé «avait honnêtement l’impression d’être menacé».

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’acquittement d’un fermier de la Saskatchewan qui avait tué un Autochtone entré sur sa propriété. Mais Me Manishen a soutenu lundi que son client ne pouvait pas savoir que Jon Styres était un Autochtone.

«M. Khill n’est pas un individu insensible, impulsif, à la gâchette facile», a-t-il résumé lundi.

Le jury devrait amorcer ses délibérations mardi, après avoir entendu les directives du juge.