Manif Pierre JanetPATRICK WOODBURY, LeDroit

Pierre-Janet: contradictions après l'évasion

L'évasion d'un détenu à l'hôpital psychiatrique Pierre-Janet de Gatineau, cette fin de semaine, fait ressortir deux visions opposées de la sécurité des employés et de la capacité du système à gérer les cas lourds provenant de la prison. Ce qui est un cas « exceptionnel » pour la direction est plutôt perçu par le syndicat comme un énième cas de violence contre un employé de l'institution.
Samedi, David Harvey, un homme de 22 ans relié à plusieurs crimes violents, a été transféré de la prison de Gatineau à l'hôpital psychiatrique.
Le patient a profité du court instant où il s'est trouvé dans « l'angle mort » de l'employée, qui était seule avec lui, pour lui asséner un coup à la tête. Une fois la victime assommée, le détenu aurait empoigné sa carte magnétique pour déjouer le système de sécurité et fuir à pied.
La Sûreté du Québec (SQ) était toujours à la recherche de l'individu, lundi, en début de soirée.
Le directeur du réseau santé mentale et dépendances de Pierre-Janet, Alain Godmaire, indique qu'il s'agit d'un cas « exceptionnel ». « Des patients avec un risque d'agressivité, il en passe chaque jour à Pierre-Janet, sans incident fâcheux. Le 'risque zéro' n'existe pas en psychiatrie », dit-il.
Autre son de cloche à la Fédération de la santé et des services sociaux, le syndicat des employés de Pierre-Janet.
« Ce n'est pas un cas isolé, répète le vice-président Christian Meilleur. Il y a croissance d'événements violents en psychiatrie, tout comme dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée ou dans les urgences. »
Bien que l'évasion d'un détenu d'un hôpital psychiatrique demeure un phénomène rare, M. Meilleur rappelle que les coups, les empoignades ou les crachats en direction des employés sont fréquents. « Pierre-Janet n'est pas un centre de détention », dit-il, traduisant sa pensée sur le manque de ressources de l'établissement.
Le représentant du syndicat ajoute qu'une autre agression sérieuse est survenue cet été, dans un autre établissement de l'Outaouais. Le 3 août dernier, dit Christian Meilleur, un employé du Centre de santé et de services sociaux des Collines, à Wakefield, a été assommé.
« On banalise la violence, alors qu'on ne devrait pas la subir 'parce qu'on travaille en milieu psychiatrique' », commente-t-il.
De son côté, Alain Godmaire prévoit refaire un examen approfondi de l'incident, en collaboration avec les employés. Les choses se sont produites très rapidement, et le fugitif était déjà parti quand la police a entouré le secteur de l'établissement.
Selon M. Godmaire, la préposée agressée avait eu une formation en pacification. Les employés ne reçoivent plus la formation en « techniques de maîtrise », dit-il.
Il refuse de blâmer les compressions, disant que l'unité de psychiatrie légale compte autant de personnel qu'avant, même s'il admet que l'unité de soins est constamment occupée au maximum de sa capacité.
De son côté, le syndicat n'hésite pas à pointer du doigt les compressions imposées par Québec. « La loi 10 du docteur Barrette (le ministre de la Santé, Gaétan Barrette) est liée à cela, dénonce M. Meilleur. L'employeur doit reprendre les activités du comité paritaire en santé et sécurité au travail. Cela fait un an qu'il ne se fait plus rien. Il faut réviser le système de communication, et reprendre les formations des employés. » 
Le fugitif David Harvey est en attente de procès pour son implication dans deux violentes introductions par effraction chez les mêmes personnes âgées de L'Ange-Gardien, à deux mois d'intervalle, en 2015. Lors du deuxième braquage à domicile, un septuagénaire a été attaqué à coups de décharges électriques. Le véhicule du couple a été volé.
La SQ croit que David Harvey pourrait avoir pris la direction de Montréal, sa ville d'origine, en auto-stop. Il est aussi relié à des crimes violents dans la métropole.
Avec Patrick Duquette