Le criminaliste Denis Labelle a complété, lundi dernier, son dernier dossier au palais de justice de Gatineau.

Petites histoires croustillantes de Denis Labelle

Me Labelle raconte les histoires qui ont le plus marqué sa carrière.

La meilleure

Me Labelle la rit encore aux éclats. L’affaire remonte à quelques années. Sa cliente, anglophone, est assise dans la salle d’audience. Sur le banc du juge, l’honorable Nicole Gibault, aussi haute en couleur, préside le procès. Lors du témoignage d’une victime, le tribunal demande habituellement à cette personne d’identifier l’accusé dans la salle. Il s’agit d’une formalité, mais un vieux dicton dit «pas de suspect, pas de procès».

«La victime témoigne pour la Couronne, le tribunal lui demande si elle voit l’accusée. Des yeux, la victime balaie la salle, mais ne voit pas l’accusée, dans son angle mort. Puis, l’accusée, visiblement trop impulsive, signale: ‘Je suis ici, espèce idiote!’ («I’m here, you dummy!») Moi, j’ai failli pisser dans mes culottes! La juge Gibault aussi, je pense. Elle s’est penchée sous la tablette de son bureau pour ne pas qu’on la voit et qu’on l’entende rire! Ça, c’est drôle en maudit!»Il semble, selon nos sources, que la juge retraitée la rit encore, elle aussi, aux éclats.

Mauvais karma

En 1982, Denis Labelle profite d’une journée de congé pour aller chercher son journal à la tabagie. De retour chez lui, il constate qu’on a tenté de voler sa voiture. Son véhicule est endommagé, des marques de semelles sont bien visibles sur le capot, et la portière est brisée.

«J’appelle la police, puis finalement l’agent me dit qu’ils ont pogné le gars, qui s’était endormi dans une autre voiture. Finalement, le policier me dit: ‘il veut un avocat et il a demandé pour toi!’»

Le suspect a dû se trouver un autre procureur.

L’importance de se la fermer

L’avocat se souvient d’une femme pour le moins insistante. «C’était la femme de mon client. Pendant nos rencontres, elle n’arrêtait pas de me dire quoi faire. Pendant le procès, le juge m’a fait venir dans son bureau pour me dire de la faire taire. Lui non plus n’était plus capable de l’entendre. Je suis retourné à elle, je lui ai dit de se la fermer, car sinon son conjoint avait plus de chance d’être reconnu coupable. C’est ce qui s’est produit!» s’esclaffe le retraité.

Faux adulte

«Il y avait ce jeune homme à Campbell’s Bay, accusé de vol d’auto. En préparant son dossier, il m’avait montré sa carte d’identité, qui indiquait qu’il était majeur. Le jeune a reçu une sentence de deux ans de pénitencier fédéral. Sa mère, en pleurs, vient me voir pour me demander pourquoi son bébé avait reçu une telle sentence. Le jeune m’avait montré une carte d’identité trafiquée parce qu’il s’en servait pour rentrer dans les bars. Il avait 16 ans. Nous sommes retournés illico devant le juge pour remettre les pendules à l’heure. Le jeune devait être jugé selon la Loi sur les jeunes contrevenants. Il n’avait pas à être jugé en tant qu’adulte. Il faut dire qu’il avait l’air plus vieux que son âge. Il avait un bon gabarit.»

Le reste...

«J’en ai bien d’autres, des histoires, mais elles ne sont pas racontables!»

Une affaire marquante

Parmi les affaires ayant marqué sa carrière avec moins de légèreté, Denis Labelle se rappelle d’avoir vu un homme comparaître pour meurtre, alors qu’il avait réussi à faire libérer l’individu quelques semaines auparavant, dans un dossier différent. «Je me rappelle de l’avoir fait libérer sur cautionnement à deux reprises, se rappelle-t-il. Puis, j’ai appris qu’il avait tué sa femme. Ça m’a ébranlé.»