Le chef de la police d'Ottawa, Peter Sloly
Le chef de la police d'Ottawa, Peter Sloly

Peter Sloly : repenser la police au lieu de la démanteler

Le chef de police d’Ottawa se montre très tiède devant une pression populaire pour couper des budgets aux corps policiers alors que d’autres personnes dans la foulée du mouvement Black Lives Matter demandent carrément leur démantèlement. Peter Sloly précise que les appels pour le démantèlement de n’importe quelle organisation «est un dossier complexe qui demande une analyse prudente ainsi qu’une planification et une mise en oeuvre encore plus réfléchies».

«Il faudrait des années de planification et de mise en oeuvre afin de créer un type de service alternatif et compétent 24 heures sur 24, sept jours par semaine, 365 jours par année autre que les services de police, ambulanciers et de pompiers», a indiqué le policier lundi lors de la réunion de la Commission de services policiers d’Ottawa.

Ses commentaires sont en réaction aux nombreux appels pour le démantèlement de la police à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis, un Noir qui est décédé par asphyxie le mois dernier en raison de la pression exercée sur son cou par un policier blanc. Ce dernier a d’ailleurs été accusé de meurtre au deuxième degré.

Le chef du Service de police d’Ottawa (SPO) cite notamment en exemple que de couper dans la technologie serait contre-productif et éliminerait la possibilité de même considérer l’achat de caméras corporelles pour les policiers, une pièce d’équipement pourtant réclamée par des personnes qui demandent des coupes dans le financement de la police. Il rappelle aussi que la police est appelée à intervenir lors de catastrophe naturelle, et qu’elle fait partie du noyau des agences qui assurent la sécurité nationale du pays.


« La police se consacre malheureusement trop à appliquer la loi de manière réactive versus la prévention et l’intervention »
Peter Sloly

Le chef Sloly a en outre expliqué que l’absence de plans adéquats pour investir dans les soins et l’aide aux personnes atteintes de troubles mentaux lorsqu’il y a eu des coupes dans les hôpitaux et les institutions psychiatriques dans les années 1950 et 1960 est un exemple de décisions irréfléchies qui a encore des conséquences bien visibles aujourd’hui. Dans certaines juridictions, précise-t-il, de 70 à 90 % des interventions policières sont en lien avec des personnes souffrant de troubles mentaux et de problèmes de dépendance.

Peter Sloly préfère parler de repenser la police.

«La police se consacre malheureusement trop à appliquer la loi de manière réactive versus la prévention et l’intervention», a-t-il résumé.

Le dossier du racisme et de la discrimination a été longuement abordé lors de la réunion de la Commission de services policiers d’Ottawa. Le commissaire Dajit Nirman a d’ailleurs déposé plusieurs recommandations à mettre en oeuvre par le chef de police pour lutter contre le racisme systémique, la discrimination et pour rendre le SPO plus équitable et inclusif. 

L’une d’elles vise à demander à la nouvelle direction du Respect, des valeurs et de l’inclusion du SPO de faire le suivi des incidents associés à la discrimination et aux préjugés au sein du service de police qui ne peuvent être pris en compte dans le système de plaintes officielles de la Commission.

Lors d’une intervention durant la réunion de la Commission, Robin Browne, cofondateur de l’organisme 613-819 Black Hub, a suggéré que le SPO lance un processus avec la communauté afin d’identifier vers quels services sociaux il faudrait réallouer le financement accordé à la police, et créer un plan en ce sens, notamment en matière d’interventions envers les situations de santé mentale.

«Au lieu de financer un service de police qui ressemble à une armée, il faudrait investir une bonne partie de l’argent du budget de la police dans les communautés, notamment celles les plus marginalisées où la plupart des interventions policières se produit», a-t-il suggéré, tout en précisant qu’il ne veut pas l’abolition de la police, mais plutôt une meilleure allocation des fonds «qui pourrait marquer le début du processus visant à éliminer la culture de la brutalité policière».