La victime, Éric Rompré, 25 ans

Peine de 4 mois à 2 ans pour un policier: «Je n'ai pas senti d'empathie de sa part»

La famille d'Éric Rompré, grand jeune homme souriant happé mortellement par un patrouilleur de la Sûreté du Québec, sur la route 148 à Papineauville en 2012, a pardonné au policier responsable. Mais elle n'a toujours pas digéré son comportement en cour.
Reconnu coupable de conduite dangereuse causant la mort de la victime de 25 ans, le policier François Laurin entendait, lundi, les représentations sur sa peine, devant le juge Maurice Parent, à Gatineau.
Éric Rompré, originaire de Repentigny, se rendait au Rockfest de Montebello, le 16 juin, lorsque la voiture de patrouille de la SQ a percuté de plein fouet la Mazda 3 de sa conjointe.
L'agent répondait à un appel d'urgence sur le site du festival rock. Selon la preuve de la Couronne, il filait à 180 km/h.
Lundi, le père d'Éric, Richard Rompré, s'est confié au tribunal.
« Le 17 juin (2012), à la fête des Pères, j'ouvre la porte et je réponds à deux policiers de la police de Montréal. Ils nous annoncent la mort d'Éric. Il n'a pas été possible de voir Éric, car il était à la morgue. La preuve avait préséance sur notre droit de voir notre fils. »
M. Rompré a précisé que sa famille comptait plusieurs policiers, et qu'il comprenait le travail parfois difficile de ces derniers.
« Pendant les funérailles, un proche m'a demandé si la SQ nous avait offert ses sympathies. J'ai réalisé que non. Nous, on voulait offrir notre pardon au policier (Laurin). Il a fallu qu'on fasse les démarches, seuls, pour faire connaître nos intentions. »
François Laurin est suspendu en attendant la fin des procédures judiciaires. L'homme est resté silencieux à chacun de ses passages au palais de justice.
« Mais je n'ai pas senti d'empathie de sa part, a poursuivi le père de famille. Même que j'ai vu, pendant le procès, qu'il me fixait et qu'il me faisait de gros yeux. »
Son avocate, Nadine Touma, a demandé qu'une peine de quatre à six mois de détention, ainsi que des travaux communautaires, soit imposée à celui qui, selon elle, souffre aussi de ces événements de 2012.
Me Touma a déposé une quinzaine de lettres de proches de son client qui évoquent les qualités de policier de ce dernier. Selon l'avocate, M. Laurin est aussi dévasté par les événements.
La procureure de la Couronne, Geneviève Langlois, a plaidé pour une peine de détention de deux ans ferme, incluant une sentence concurrente de 16 mois pour le deuxième chef de conduite dangereuse causant des lésions.
Selon Richard Rompré, son fils « rayonnait de bonheur », alors qu'il avait enfin trouvé l'amour de sa vie.
La conjointe, Marie-Ève Bossé, a été grièvement blessée dans l'impact. Dans un témoignage émouvant, lundi, la femme aujourd'hui âgée de 29 ans a raconté comment ses proches devaient lui rappeler, dans la semaine suivant le drame, que son bel amour était décédé. « Je pleurais, et dix minutes après je demandais pourquoi Éric n'était pas là. »
Elle ne se souvient pas des funérailles.
« J'étais en amour avec le beau Éric Rompré. On se disait: 'Ça n'a pas de bon sens, être amoureux de même'. »
Le juge fera connaître sa décision en décembre.