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Patricia Tulasne affirme que l’agression sexuelle a eu lieu en août 1994, alors qu’elle jouait dans la pièce de théâtre Le dîner de cons, présentée au Festival Juste pour rire.
Patricia Tulasne affirme que l’agression sexuelle a eu lieu en août 1994, alors qu’elle jouait dans la pièce de théâtre Le dîner de cons, présentée au Festival Juste pour rire.

Patricia Tulasne poursuit Gilbert Rozon pour 1,6 million

Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
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Gilbert Rozon n’a pas fini d’en découdre avec la justice. La comédienne Patricia Tulasne intente une poursuite civile de 1,6 million $ contre le producteur déchu pour l’avoir «brutalement violée» en 1994.

Porte-parole du collectif Les Courageuses, qui avait essuyé un échec dans sa tentative d’intenter une action collective contre Gilbert Rozon, Patricia Tulasne a fait sienne la suggestion de la Cour d’appel. En statuant que l’action collective «n’était pas le bon véhicule procédural», le tribunal avait pris soin d’indiquer que «d’autres moyens légaux» étaient à la disposition des victimes souhaitant le poursuivre.

Durant 20 ans

La poursuite déposée jeudi en Cour supérieure est explicite. Patricia Tulasne, qui dit avoir subi les séquelles de cette agression durant 20 ans «seule et en silence», raconte qu’à la suite d’un souper réunissant les comédiens de la pièce Le dîner de cons, présentée au festival Juste pour rire, Gilbert Rozon lui avait offert de la reconduire chez elle.

Bien qu’il n’ait fait aucune avance en chemin, Gilbert Rozon aurait insisté pour sortir et accompagner la comédienne pendant qu’elle promenait son chien, après que Mme Tulasne eut refusé d’accepter qu’il monte chez elle, comme il le lui avait offert. Patricia Tulasne affirme qu’après une marche qui s’éternisait alors qu’elle ne voulait pas offusquer un homme aussi influent, Gilbert Rozon se serait introduit de force dans son appartement, l’aurait plaquée au mur et commencé à déboutonner sa robe.

Gilbert Rozon

Patricia Tulasne dit s’être alors retrouvée «en état de choc», avoir eu peur qu’il la frappe et avoir eu «peur de ce qu’il pourrait faire à sa carrière». Craignant donc les conséquences d’une résistance, elle dit s’être laissée faire. Gilbert Rozon l’aurait alors traînée dans sa chambre où il l’aurait agressée sexuellement.

«Un intouchable»

Mme Tulasne fait valoir dans sa poursuite qu’avant octobre 2017, elle «n’aurait jamais été capable de dénoncer le défendeur. Il était inimaginable pour elle de ce faire puisqu’il était une personnalité publique très puissante tant dans l’industrie artistique que dans les sphères politique et sociale. Elle le voyait comme un être idéalisé et intouchable».

C’est à la suite du mouvement  #moiaussi et de la dénonciation du magnat de l’humour par neuf femmes dans le journal Le Devoir et à la station radio 98,5 FM qu’elle a «trouvé son propre courage et a senti une obligation morale et sociale de dénoncer pour la première fois le défendeur».

Patricia Tulasne raconte qu’après l’agression sexuelle, elle est tombée dans une profonde dépression, a quitté Montréal pour vivre en campagne afin d’éviter tout contact avec qui que ce soit et qu’elle a laissé son conjoint «sans jamais lui révéler qu’elle avait été agressée sexuellement». Elle précise qu’elle est célibataire depuis ce temps, est incapable de faire confiance aux hommes et vit seule avec ses chiens et ses chats.

Elle ajoute qu’elle a alors également «perdu intérêt pour sa carrière et avait beaucoup de difficulté à être productive et à aller chercher des rôles, ayant perdu toute confiance en elle».

Dépression

Mme Tulasne réclame 350 000$ à titre de dommages-intérêts moraux et 250 000$ à titre de dommages-intérêts pour la «perte de capacité de gains découlant de sa perte de productivité, de confiance en elle-même et sa dépression». De plus, en termes de dommages punitifs, elle réclame 1 million $, invoquant la préméditation du geste reproché, son caractère intentionnel et, bien que la démarche ne soit pas celle des Courageuses, elle note que le tout est démontré «par le fait que le défendeur est un prédateur sexuel qui a agressé et harcelé sexuellement de nombreuses victimes sur une période s’échelonnant sur un minimum de 40 ans».

Rejoint par La Presse canadienne, Gilbert Rozon a déclaré n’avoir rien vu ou rien reçu au moment d’écrire ces lignes et nous a dirigés vers son avocat.