Le bambin a été retrouvé à Kangiqsujuaq, village près du détroit d’Hudson.

Nord-du-Québec: un bambin tué par des chiens

MONTRÉAL — Un bambin de 1 an a été tué par des chiens, la fin de semaine dernière, dans un village du Grand Nord du Québec.

Le petit garçon a été retrouvé sans vie samedi après-midi, avec des morsures animales sur le corps et à proximité d’une meute de chiens de traîneau, selon nos informations. Les premiers policiers arrivés sur place ont rapidement compris que toute manœuvre de réanimation était inutile.

Un des animaux a été abattu peu après, a indiqué la mairesse du village de Kangiqsujuaq, Qiallak Nappaaluk.

«Ça touche tout le village, tout le monde est sous le choc», a affirmé la mairesse, jointe au téléphone. «Les parents répètent aux enfants qu’ils ne doivent pas s’approcher des chiens, d’être prudents avec les chiens. [...] Les chiens sont si forts», a-t-elle ajouté.

Enquête en cours

Le corps du petit garçon a été transporté vers Montréal pour une autopsie. La coroner Julie A. Blondin a été chargée de faire la lumière sur les circonstances du décès.

Du côté policier, l’escouade des crimes majeurs de la Sûreté du Québec (SQ) se penche aussi sur la situation. Des enquêteurs ont fait le voyage jusqu’à la communauté, située à 1800 km au nord de Montréal et accessible uniquement en avion. «Il s’agit d’une mort suspecte», a indiqué la porte-parole du corps de police pour le Nord-du-Québec. «L’enquête se poursuit.»

Selon nos informations, l’enfant est mort derrière une maison, dans une zone où une équipe de chiens de traîneau était attachée. Celle-ci a participé à une course importante, l’hiver dernier.

L’enfant a échappé à l’attention de ses parents et a réussi à s’introduire dans l’enclos où étaient gardés les chiens, selon la thèse privilégiée par les autorités. Les policiers évaluent si le comportement des parents ou celui du propriétaire des chiens pourrait constituer un acte criminel.

Le Nunatsiaq News, le journal local, a d’abord rapporté l’événement, jeudi, sur son site internet.

«Très difficile»

Les parents du petit garçon sont anéantis, a rapporté la mairesse Nappaaluk.

«C’est très difficile pour eux, ils ont perdu une personne qu’ils aimaient. Ils vivent une période très dure, mais les gens s’entraident», a-t-elle dit. Les funérailles ne se tiendront qu’une fois que le corps du petit garçon sera de retour à Kangiqsujuaq.

De l’aide psychologique «arrive demain [vendredi] de Montréal pour rencontrer ceux qui en ont besoin», a ajouté Mme Nappaaluk.

La mairesse souligne que le village a un règlement qui oblige les propriétaires de chiens à les garder attachés ou en laisse à l’extérieur.

«Nous avons eu des morsures graves avant», mais jamais mortelles, a-t-elle dit.

En 2014, une fillette de 4 ans est morte dans des circonstances semblables à Puvirnituq, toujours dans le nord du Québec.

Sheena Levina Jenny Uqaituk a été attaquée par un chien à qui elle avait lancé des pierres juste avant, selon le rapport du coroner qui a enquêté sur son décès. Elle avait échappé à l’attention de sa famille d’accueil pendant quelques minutes.

«Elle était ma princesse, avait à l’époque confié sa mère biologique au Nunatsiaq News. Elle était tout pour moi. Elle était drôle et me faisait toujours rire. Elle était si précieuse à mes yeux.»

Des enfants à risque

Selon une étude publiée en 2007, les enfants autochtones ont 180 fois plus de risques d’être tués par des chiens que les enfants non autochtones, au Canada.

Cécile Aenishaenslin, professeure à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, s’intéresse depuis quelques années aux morsures de chiens dans le Grand Nord québécois.

«Ce sont les enfants qui subissent le plus de morsures», a-t-elle dit en s’appuyant sur une recherche effectuée dans un autre village du Nunavik. Les enfants de moins de 10 ans sont particulièrement touchés.

Les chiens de traîneau sont des huskies, de plus en plus souvent mêlés à d’autres races. «Ce ne sont pas des chiens qui sont plus agressifs a priori. Au contraire», a dit la professeure Aenishaenslin.

Selon elle, c’est plutôt un «problème de contrôle de la population» qui est en cause.

«Ces communautés n’ont pas accès à des services vétérinaires, donc la plupart des chiens ne sont pas stérilisés, a-t-elle déploré. Un chien non stérilisé, une chienne en chaleur : ça peut évidemment augmenter l’agressivité des animaux et potentiellement favoriser des risques de morsures.»

L’une de ses études montre aussi du doigt le fait que les enfants inuits apprennent à lancer des pierres sur les chiens. Certains s’en prennent aussi aux animaux attachés. L’une de ses étudiantes a travaillé sur la question et arrive à la conclusion qu’une campagne de sensibilisation destinée aux enfants devrait être mise en place, a dit Mme Aenishaenslin.