Les mères des trois étudiants, qui étaient âgés respectivement de 22, 20 et 19 ans, étaient restées jusqu’ici muettes sur ce qui est arrivé à leurs fils.

Morts au Collège militaire royal: les familles cherchent des réponses

OTTAWA - Les mères de trois étudiants du Collège militaire royal qui ont perdu la vie il y a deux ans sont en colère contre le ministère de la Défense nationale, qui n’a pas encore dévoilé les résultats d’une enquête interne sur la mort des trois jeunes hommes.

Les audiences formelles se sont terminées au début de l’année 2017 et les familles de Harrison Kelertas, Brett Cameron et Matthew Sullivan se sont fait dire qu’un rapport final serait rendu public peu de temps après.

Mais plus d’un an plus tard, les familles attendent toujours.

L’enquête a été particulièrement complexe. Elle impliquait quelque 90 témoins, ainsi que 30 000 pages de documents, et les résultats font l’objet en ce moment d’un examen juridique, a indiqué le lieutenant-général Charles Lamarre, Commandant du Commandement du personnel militaire.

L’armée espère diffuser les conclusions plus tard cet été, selon le lieutenant-général Lamarre, puisque «malheureusement, cela nécessite encore du temps».

Les mères des trois étudiants, qui étaient âgés respectivement de 22, 20 et 19 ans, étaient restées jusqu’ici muettes sur ce qui est arrivé à leurs fils.

«À ce point-ci, nous sommes extrêmement frustrées et extrêmement contrariées», a déclaré la mère de Brett Cameron, Angela Cameron-Joly, la voix chevrotante.

«On ne peut pas tourner la page. Les détails sur la mort de mon fils sont toujours «un suicide présumé». C’est inacceptable, je crois. Et oui, nous attendons. Et nous avons été très patientes.»

Harrison Kelertas, Brett Cameron et Matthew Sullivan avaient tous été cadets lorsqu’ils étaient adolescents et souhaitaient fréquenter le prestigieux Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario.

Les trois jeunes hommes semblaient tous s’être épanouis, dans leur milieu respectif.

Harrison Kelertas, qui a grandi à Hudson, au Québec, était un escrimeur très habile, qui participait à des compétitions au Canada, aux États-Unis et en Europe. En 2013, il avait continué de pratiquer son sport à Kingston, où il étudiait dans le but de devenir un officier d’infanterie.

Brett Cameron avait commencé ses études au collège en 2015 après avoir servi comme cadet de l’air à Londres. Il aimait aussi beaucoup la musique; il était diplômé d’une école de chant local.

Et Matthew Sullivan, un nageur, était le meilleur cadet de son unité à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, avant d’arriver au collège, lui aussi en 2014.

«On doit être le meilleur pour être admis au RMC, dès le départ. Ils étaient tous des étudiants, des sportifs ou des militaires performants. Ils avaient tous des points forts», a relaté Alexandra Sullivan.

Le ministère de la Défense a ordonné la tenue d’une enquête peu de temps après que le corps de Harrison Kelertas eut été découvert dans son dortoir, le 26 avril 2016, quelques semaines avant sa graduation. Son décès est considéré comme un suicide présumé.

L’enquête a été élargie dans les semaines suivantes, lorsque Brett Cameron est aussi mort à la suite d’un suicide présumé.

Les enquêteurs ont une fois de plus été forcés d’élargir leur investigation, après la découverte du corps de Matthew Sullivan, mort le même jour de son retour à Saint-Jean.

Le lieutenant-général Charles Lamarre a défendu les retards de l’enquête. «Une fois qu’on parle de la mort d’une personne, on essaie de déterminer ce qui s’est passé, et si quelque chose s’est bel et bien passé, on se demande si c’était dans les paramètres de ce qui est illégal», a-t-il expliqué.

«Et, bien sûr, il y a l’aspect du volume considérable lié à ces trois morts combinées ensemble: 30 000 pages à réviser, toutes ces interviews qui ont eu lieu - les (représentants juridiques) doivent regarder tout cela.»