Mort de Brandon Maurice: un expert-conseil critique le travail des policiers

Plusieurs éléments de l’intervention policière qui s’est soldée par la mort de Brandon Maurice ne correspondaient pas aux règles de l’art enseignées aux nouveaux venus dans le métier. C’est du moins ce que soutient un expert-conseil en emploi de la force venu témoigner jeudi à l’enquête publique sur les événements survenus en novembre 2015 à Messines.

« L’agent [Frédéric] Fortier a mis sa propre vie en danger et ça a dégénéré », a indiqué Bruno Poulin, un spécialiste en la matière à l’École nationale de police du Québec.

S’il affirme que la poursuite policière à proprement parler semble s’être déroulée en toute conformité, entre autres car la vitesse n’était pas excessive et qu’il n’y avait pas d’autres moyens d’identifier l’individu car la plaque du véhicule était factice, l’expert est cependant bien plus critique du travail des agents Frédéric Fortier et Dave Constantin dans les minutes qui ont suivi.

Ayant vu de ses propres yeux il y a quelques jours le site où est survenu le drame, M. Poulin a entre autres affirmé qu’une fois l’interception effectuée sur la rue Patry, un cul-de-sac, les policiers auraient dû conserver une plus grande distance entre l’autopatrouille et la voiture dans laquelle se trouvaient l’adolescent et son ami Christopher Houle. S’ils avaient suivi les méthodes recommandées lors de la formation policière, les deux agents de la SQ auraient aussi dû éteindre leurs sirènes et avoir recours à un microphone pour donner un à la fois des ordres aux individus, afin de ne pas causer de confusion.

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« C’était un endroit boisé, bien circonscrit et moins dangereux à la fois pour le public et les fuyards, mais beaucoup plus dangereux pour les policiers. Il faisait noir et ils ne connaissaient pas le secteur. C’était imprévisible. Généralement, on doit garder une distance de deux à trois longueurs de véhicules pour ne pas se faire prendre au dépourvu. Dans ce cas-ci, ils n’avaient plus de marge de manœuvre », a-t-il dit.

Surtout, il pense que le geste de M. Fortier de marcher vers le véhicule suspect puis de fracasser la vitre avant de tenter d’ouvrir la portière et de maîtriser Brandon Maurice en ayant dans ses mains à la fois son arme de service et une lampe de poche était un geste « absolument inconciliable avec la formation policière ».

« On ne pénètre pas dans l’habitacle d’un véhicule qui peut repartir, c’est dit et redit. Et on ne manipule pas une personne tout en ayant une arme dans les mains », a soutenu M. Poulin.

L’expert a également suggéré deux recommandations, dont l’une est d’analyser la pertinence d’offrir des cours de premiers soins avancés et non pas seulement de base à tous les policiers, ce qui peut dans certains cas sauver des vies de gens atteints par balle.

Une contre-expertise ?

Après quatre jours, les audiences sont suspendues pour une durée indéterminée, voire terminées, à l’enquête publique, présidée par le coroner en chef adjoint, Me Luc Malouin.

Une fois le témoignage de l’expert-conseil conclu, les avocats des deux policiers impliqués, de la Sûreté du Québec et de l’Association des policiers provinciaux du Québec ont annoncé qu’ils souhaitaient avoir du temps pour réécouter l’avis de M. Poulin et étudier l’hypothèse de présenter une contre-expertise en la matière.

Me Malouin a acquiescé à leur demande et leur accorde un délai maximal de 30 jours, soit jusqu’au 12 mai, pour faire connaître leurs intentions.

Advenant qu’un autre expert soit appelé à la barre, les audiences de l’enquête publique reprendront le temps d’une journée ou deux, a précisé le président de l’enquête publique. Dans le cas contraire, les deux parties disposeront d’un délai de 15 jours pour rédiger leurs recommandations et les remettre à Me Malouin, qui rédigera par la suite son rapport. Celui-ci devrait être prêt cet automne.