L’enquête publique sur la mort de Brandon Maurice se poursuivait, mercredi, avec le témoignage du policier qui a fait feu, l’agent Frédéric Fortier.

Mort de Brandon Maurice: «C’était lui ou moi»

Lorsqu’il s’est senti pris en grippe par le fuyard qu’il tentait d’arrêter, dans un sentier boisé de Messines, le 16 novembre 2015, le patrouilleur Frédéric Fortier a rapidement conclu qu’une personne allait mourir. « C’était lui ou moi », a-t-il lancé, lors de son témoignage, dans le cadre de l’enquête publique sur la mort de Brandon Maurice, le 16 novembre 2015.

Le policier Fortier est celui qui a fait feu sur le jeune conducteur, qui refusait de s’arrêter, au terme d’une poursuite sur la route 105 et quelques chemins secondaires.

La scène finale s’est produite sur un sentier boisé attenant au chemin Patry, lorsque la voiture s’est enfin immobilisée, peu après 1 h 30.

En marchant vers le conducteur récalcitrant, le policier Fortier a crié « très fort », à trois reprises : « Police ! Sors de ton char ! »

Frédéric Fortier a fait le récit de sa mésaventure troublante, mercredi, au palais de justice de Gatineau.

Arme en main, il a marché jusqu’à la portière de la Corolla, alors que son conducteur était immobile. « C’était bizarre, dit le policier. Habituellement, les gens vont tenter de cacher ou de récupérer quelque chose, se tourner pour nous regarder, ou lever les mains. J’ai crié deux autres fois ‘Police !’, il n’y avait aucune réaction. (Brandon) avait les deux mains sur le volant. »

Puis, le véhicule a reculé sèchement.

L’agent Fortier a fracassé la vitre du côté conducteur pour déverrouiller la portière et contrôler le suspect.

« J’ai senti quelque chose m’agripper le bras, et c’est parti, a témoigné le patrouilleur Fortier. J’ai essayé de me relever, mais le véhicule est parti à plein régime. Mes pieds ‘flacottaient’. »

« Lui ou moi »

Il a vu de près les roues, à quelques centimètres de ses pieds.

De plus en plus « fouetté » par les branches d’arbre en bordure du chemin, il a décidé de pénétrer dans l’habitacle.

Il s’est placé entre le volant et le tableau de bord, faisant face au conducteur. Il ne pouvait pas entrer davantage, car son ceinturon bloquait le bas du corps à l’extérieur de la voiture en accélération.

Ses jambes étaient de plus en plus heurtées par les arbres et le moteur ne cessait de vrombir.

« Arrête ton char ! », aurait crié, à au moins deux reprises, l’agent en détresse.

« Selon moi, il n’y avait plus aucune alternative. Je ne sentais plus mes jambes. C’était clair que ça allait mal finir. J’ai ouvert le feu. Je n’ai jamais cru que cela allait cesser. Il n’y avait aucune réponse. C’était clair que c’était lui ou moi. C’était clair que quelqu’un allait mourir ce soir-là. Et à ce moment-là, ma vie était en jeu. »

Un coup de feu a été tiré. Le conducteur s’est affaissé. Le passager a levé les mains en disant ne pas être armé. Des renforts et des ambulances sont arrivés sur la scène, alors que le jeune homme s’éteignait.

Enregistrement

Le coroner Luc Malouin a autorisé, mercredi, la publication de l’enregistrement de la conversation entre le coéquipier de l’agent Fortier, Dave Constantin, et son sergent superviseur de la Sûreté du Québec, la nuit du décès du jeune Brandon Maurice.

Le document a été déposé dans le cadre de l’enquête publique sur son décès.

On peut entendre le policier Constantin expliquer la raison pour laquelle lui et son collègue au volant entament une poursuite dans les environs de Messines, avant le drame.

La poursuite a eu lieu alors que les agents menaient une opération de vérification au hasard des dossiers de conduite, des plaques d’immatriculation, et de prévention de conduite avec les capacités affaiblies.

Vers 1 h 30 du matin, les policiers ont tenté d’arrêter le conducteur d’une Toyota Corolla.

On entend le policier Constantin décrire comment la voiture prise en chasse a accéléré. Les agents comprennent ensuite que la voiture n’est pas munie d’une plaque d’immatriculation conforme.