L'ancien directeur général de Développement économique-CLD Gatineau, Michel Plouffe, se dit soulagé à la fin des procédures judiciaires.

Michel Plouffe plaide coupable à une accusation d'entrave à la justice

Se disant démoli par le « tordeur médiatique » dans lequel il a été plongé à la suite de son arrestation l'hiver dernier, l'ancien  directeur général de Développement économique-CLD Gatineau, Michel Plouffe, a plaidé coupable, jeudi, à une accusation d'entrave à la justice.
En reconnaissant avoir « tenté d'entraver, de détourner ou de contrecarrer le cours de la justice en donnant de faux renseignements aux policiers de la Sûreté du Québec » dans le cadre d'une enquête sur de la production de cannabis dans une propriété lui appartenant, l'homme de 51 ans bien connu dans le monde économique de l'Outaouais a obtenu l'arrêt conditionnel des deux autres chefs qui pesaient contre lui, liés à la fabrication d'un faux bail.
« Je tiens à reconnaître devant vous la gravité de mon geste », a mentionné Michel Plouffe, jeudi, en s'adressant au juge Valmont Beaulieu.
Tant la défense que la Couronne demandent une absolution dans ce dossier. La défense demande une absolution inconditionnelle, tandis que la Couronne souhaite une absolution conditionnelle avec probation, le temps de réaliser des travaux communautaires. La sentence devrait être prononcée vendredi après-midi.
L'avocat de M. Plouffe, Me Martin Binet, a fait valoir qu'une absolution inconditionnelle permettrait à son client de redevenir « un actif pour la société ». Pour la procureur de la Couronne, Me Marie-Claude Daoust, une probation liée à 100 heures de travaux communautaires assurerait « une rétribution à la société » pour l'« infraction grave » commise par M. Plouffe.
D'abord suspendu avec solde de son poste à Développement économique-CLD Gatineau, Michel Plouffe a ensuite officiellement perdu son poste en juillet dernier. Il est sans emploi depuis et les démarches pour se relancer sont pénibles, dit-il.
Selon ce qui a été relaté en cour jeudi, tout a commencé en janvier 2013, quand Hydro-Québec a logé une plainte pour vol d'électricité à l'aide d'un compteur trafiqué dans une résidence de la route 309, à Val-des-Monts.
Les policiers ont découvert dans cette résidence appartenant à Michel Plouffe des plants de cannabis et de l'équipement servant à en faire la culture. M. Plouffe avait permis à une connaissance, Marc Steele, de se servir de la résidence pour un projet d'affaires, sans savoir que la demeure servirait plutôt à produire de la marijuana.
M. Plouffe a donc agi « sous la menace » de Marc Steele, ex-propriétaire du restaurant Chez Marcus de Gatineau (fermé en 2012), en signant un « bail en blanc » en 2013.
Le nom de Paul Côté - oncle de Marc Steele - a par la suite été ajouté à ce bail. Tant Marc Steele que Paul Côté sont accusés avec le dossier de production de cannabis. Dès le 10 février 2016, M. Plouffe a admis aux policiers avoir signé un tel bail. Il a raconté devant le tribunal, jeudi, qu'il vivait dans un état de stress post-traumatique depuis l'assassinat de sa grand-mère, en 1988, alors qu'il étudiait à l'Université d'Ottawa. Il avait à l'époque été interrogé par les policiers. Un individu avait par la suite été arrêté, accusé et reconnu coupable de cet assassinat. « Chaque fois que je vois un policier, j'ai peur », a mentionné M. Plouffe.
Il a raconté avoir accepté de signer le bail en blanc après que Marc Steele lui eut dit « si tu ne signes pas ça, tu vas être dans la marde », car il était propriétaire de la résidence qui a depuis été vendue à perte. « Il a cédé au chantage émotif de la personne qui était responsable de la plantation à son insu », a renchéri son avocat. 
Évoquant que son passage en cour jeudi représentait pour lui « une délivrance », M. Plouffe a dit devant le tribunal qu'il allait respecter la décision du juge. « Pour moi, il est temps que ça finisse. »
Un «isolement total» depuis l'arrestation
Angoisse, troubles du sommeil, « isolement total » et difficulté à se dénicher un nouvel emploi sont au nombre des conséquences que dit vivre Michel Plouffe depuis son arrestation, en février dernier.
Celui qui a été à la tête de Développement économique-CLD Gatineau pendant 15 ans a raconté en cour, jeudi, les répercussions de son arrestation et de la médiatisation des accusations ayant été déposées contre lui, l'hiver dernier.
« Les deux premiers mois, j'ai eu les jambes sciées », a-t-il mentionné devant le juge Valmont Beaulieu. L'infraction criminelle à laquelle il a reconnu sa culpabilité jeudi le « hante tous les jours, toutes les nuits, tous les soirs », a-t-il dit en évoquant une « angoisse » quotidienne.
La relation amoureuse qu'il vivait depuis sept ans a récemment pris fin, a-t-il également mentionné en disant vivre un « isolement total ».
Il a dû cesser de voir l'un de ses deux fils pendant deux mois, l'adolescent craignant de voir des policiers débarquer à la maison.
À cela s'ajoute « le rôle de démolition » qu'ont selon lui joué les médias en rapportant son arrestation et le dépôt d'accusations à son endroit.
« La présomption à l'innocence, pour moi, n'a pas été respectée », a affirmé M. Plouffe devant le tribunal, en déplorant notamment qu'avant même le dépôt officiel des accusations, il avait reçu une convocation du cabinet du maire de Gatineau. La rencontre du lendemain allait mener à sa suspension sans solde.
Finances
La situation n'est pas plus rose sur le plan financier, a fait valoir Michel Plouffe dans son témoignage. Les banques ne veulent pas financer ses projets, les chasseurs de tête qui lui offraient auparavant de « six à dix » propositions par année ne font maintenant que lui suggérer de laisser son curriculum vitae, et il a une pension alimentaire à payer.
Les espoirs de Michel Plouffe reposent maintenant sur un projet d'achat d'entreprise en collaboration avec l'homme d'affaires Martin Lacasse. M. Plouffe dit jouer « all in » dans ce projet. « Je vends ma maison, ma voiture, je liquide tous mes REER », a-t-il mentionné.
« À un moment donné, quelqu'un va finir par me donner une chance, espère-t-il. Je ne vais pas payer toute ma vie. »