Michel Cadotte a soutenu qu’il était parfaitement conscient que son geste allait «entraîner la mort» de sa femme Jocelyne Lizotte, et que ce geste était criminel et donc illégal.

Michel Cadotte soutient qu’il était parfaitement conscient de ce qu’il faisait

MONTRÉAL — Le Montréalais Michel Cadotte, qui subit un procès pour le meurtre non prémédité de sa femme gravement atteinte de la maladie d’Alzheimer, a affirmé mardi matin qu’il était tout à fait conscient de ce qu’il faisait quand il a étouffé son épouse avec un oreiller.

M. Cadotte est contre-interrogé depuis lundi après-midi par la Couronne, qui lui a fait dire mardi qu’il savait tout ce qu’il avait fait avant, pendant et après le meurtre de sa femme, Jocelyne Lizotte, âgée de 60 ans.

La défense avait plaidé, lors de sa déclaration d’ouverture il y a un peu plus d’une semaine, que M. Cadotte était tellement perturbé, en raison d’une dépression et d’une fatigue extrême, qu’«il n’avait plus le libre choix de ses actions quand le crime a été commis», et que cet «état d’esprit» ne concordait pas avec l’accusation de meurtre non prémédité.

Contre-interrogé par la procureure Geneviève Langlois, mardi matin, M. Cadotte a soutenu qu’il était parfaitement conscient que son geste allait «entraîner la mort» de Mme Lizotte, et que ce geste était criminel et donc illégal.

Il a aussi admis qu’il comprenait les conséquences de ce crime. Il a d’ailleurs rappelé, comme on l’avait appris au procès, que c’est lui qui avait demandé au personnel de l’hôpital d’appeler le 9-1-1, en sachant très bien qu’il allait être arrêté.

Il a ensuite attendu les policiers dans la chambre du Centre hospitalier et de soins de longue durée (CHSLD).

L’«état d’esprit»

M. Cadotte a par ailleurs souvent rappelé, mardi, que le jour du meurtre, il était frustré de voir que sa femme ne recevait pas les soins appropriés, ce qui aurait déclenché selon lui cette envie de mettre fin à ses jours.

La défense appellera mercredi à la barre ses témoins experts, un psychiatre et un psychologue, qui viendront parler justement de l’état d’esprit de l’accusé au moment des faits.

Jocelyne Lizotte a été retrouvée morte dans son lit du CHSLD Émilie-Gamelin, à Montréal, le 20 février 2017. M. Cadotte a raconté lundi qu’il était fâché et attristé lorsqu’il est arrivé ce matin-là pour la voir: elle était assise dans une chaise gériatrique sans appuie-tête, son cou était tordu et son corps était penché d’un côté. Il dit avoir pleuré une bonne partie de la visite, et s’est souvenu avoir eu du mal à lui servir son repas d’aliments liquides.

Lorsqu’elle s’est endormie, M. Cadotte a placé sa femme sur son lit. Il affirme avoir eu du mal à installer un oreiller sous la tête de Mme Lizotte, et après plusieurs tentatives - sans savoir pourquoi -, il a placé l’oreiller sur son visage et l’a étouffée. M. Cadotte a soutenu qu’elle «souffrait trop» et qu’il ne voulait plus la voir ainsi.

Un an avant sa mort, Michel Cadotte avait tenté d’obtenir pour elle l’aide médicale à mourir, mais Mme Lizotte n’était pas admissible puisqu’elle n’était pas «en fin de vie» et qu’elle ne pouvait donner un «consentement éclairé».