L'inspecteur Steve Poirier est négociateur pour la police de la MRC des Collines.
L'inspecteur Steve Poirier est négociateur pour la police de la MRC des Collines.

Métier de négociateur : calmer le forcené

L'inspecteur Steve Poirier fait ce métier depuis plus de vingt ans. « On dit négociateur en situation de crise. Avant, on appelait cela négociateur en prises d’otage. Le rôle a changé. »

L'inspecteur Poirier n’est pas l’unique négociateur dans les rangs de la police de la MRC des Collines. « Et je ne suis pas dans la parenté de Claude ! », lance-t-il, en faisant allusion au célèbre Claude Poirier, qui intervenait autant comme journaliste judiciaire que négociateur dans les années 70.

En 2020, le policier négociateur est en quelque sorte un « hybride constabulaire » ayant des traits communs avec un psychologue ou un intervenant social.

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Ville et campagne, deux contextes et une même détresse

« J’ai parlé à du monde tellement en détresse que j’en avais la chair de poule sur les avant-bras », raconte l'inspecteur Poirier.

La négociation d’une prise d’otage est bien plus rare qu’une intervention auprès d’une personne en crise psychologique, qui représente le plus souvent une menace pour elle-même. Les policiers armés et aux aguets à l’extérieur servent en quelque sorte de barrière ultime pour la sécurité du public. Les forces de l’ordre doivent à la fois aider une personne en détresse et s’assurer qu’aucun coup de feu ne sera tiré à travers une fenêtre, par exemple.

« Négocier, ça n’implique pas juste une personne. C’est une équipe, insiste le policier. Une équipe va être au quartier général (dans une antichambre) et une autre va être sur le terrain. »

Il y a quelques années, les négociateurs faisaient installer une ligne téléphonique exclusive reliant un téléphone de la police au lieu où se déroulait la scène.

« Aujourd’hui, le forcené ou le preneur d’otage peut avoir accès à Facebook ou Twitter. On peut négocier par message texte, aussi. Ça se fait de vive voix, au cellulaire ou par le téléphone de la résidence, ou par texto. »

Le policier insiste encore une fois sur la notion d’équipe et de prévention. « Il y a des agents sur le terrain qui ont désamorcé dix fois plus de cas que moi, qui ont fait en sorte qu’on n’ait pas à sortir toutes nos équipes d’intervention. Quand je n’ai pas à intervenir, cela veut dire que le premier agent arrivé sur les lieux a désamorcé la situation avant que ça pète. »

Bombe

L'inspecteur Poirier s’est gardé de raconter des événements particuliers.

C’est une question de confidentialité et de confiance.

« Quand je parle à une personne en crise, elle doit me faire confiance. Une personne en crise, c’est une bombe humaine qui explose. Le gars en crise a peur de se faire tirer par la police, d’avoir l’air tata dans le journal ou à la télé, de perdre sa job, sa femme, sa famille. On peut parler à un gars qui a tiré une balle au plafond, sans avoir visé personne. Il panique et il se voit en prison pour les 15 prochaines années. Il voit cela ça plus gros que ce l’est vraiment. »

Le travail du négociateur consiste parfois à aider les forcenés et les personnes en crise de « ventiler » leurs problèmes.

« Comme un ami qui chiale sur son patron auprès d’un ami. Plus tard, lorsqu’il va parler à son boss, la charge émotive sera peut-être moins forte. Il aura peut-être moins envie d’aller y chialer ça à deux pouces de la face ! »

Le discours d’une personne en détresse est souvent décousu. Il n’en demeure pas moins évocateur, selon l'inspecteur.

« Écouter, c’est bien différent que d’entendre. Il faut qu’on décode le charabia. Pourquoi la personne est en crisse ? Est-ce qu’elle a parlé de médicament, d’alcool, de drogue ? Si la personne a peur de perdre la garde de sa fille, par exemple, c’est une porte. On peut adoucir le ton en parlant de gens qu’il aime... Ces personnes en détresse ont du vécu. Si on arrive à parler, c’est déjà quelque chose de positif. »