La dénonciation visant l’obtention d’un mandat général de la part de la SPCA mentionne que lors d’un interrogatoire, Normand Trahan aurait admis ne jamais consulter de vétérinaire, ne pas administrer de vaccins à ses animaux (seul un lionceau était vacciné) et ne pas leur apporter de traitements lorsqu’ils sont malades.

Mandats de perquisition du Zoo de Saint-Édouard: bêtes négligées, visiteurs attaqués

TROIS-RIVIÈRES — L’enquête menée par la SPCA de Montréal concernant le Zoo de Saint-Édouard avance non seulement que des bêtes ont été négligées, mais que des visiteurs de l’établissement ont été attaqués par des animaux, notamment de jeunes enfants qui ont été mordus et griffés.

La levée des scellés sur les mandats de perquisition dans le dossier du Zoo de Saint-Édouard, survenue lundi au palais de justice de Trois-Rivières, permet d’obtenir davantage d’informations sur toutes les étapes franchies par la SPCA de Montréal avant d’en arriver à une perquisition du zoo et à l’arrestation de son propriétaire, Normand Trahan, pour cruauté et négligence.

Les documents cumulent différents rapports vétérinaires de 2016, 2017 et 2018. Selon un rapport vétérinaire du 26 décembre 2016, un lionceau femelle présente une fracture du bassin et est incapable de se tenir debout en raison d’une alimentation sous-optimale. Au printemps 2017, l’animal prend du mieux après que M. Trahan ait suivi les recommandations diététiques à son endroit. Mais en juin 2017, «Layla» boite de façon importante. Le propriétaire a dit avoir cessé de lui donner les suppléments de calcium depuis quelques semaines. Il refuse, pour des motifs financiers, de lui faire passer une radiographie ou de l’amener à l’hôpital vétérinaire de Saint-Hyacinthe. Lors de la première perquisition de la SPCA de Montréal menée le 25 octobre 2018, Normand Trahan mentionne qu’il a abattu la lionne parce que les traitements vétérinaires n’auraient pas fonctionné.

Deux lémurs qui se seraient échappés de leur enclos lors de l’hiver 2017-2018 auraient souffert d’engelures sévères. Selon le document légal, leurs mains et leurs pieds «auraient nécrosé jusqu’à tomber». Un vétérinaire serait alors intervenu pour euthanasier les bêtes. À la suite de cet événement, le docteur Sébastien Henley, vétérinaire du Zoo de Saint-Édouard, aurait remis sa démission.

Les informations concernant les lémurs proviennent d’un courriel envoyé à la SPCA par l’avocat d’une personne manifestant des inquiétudes à propos du bien-être des animaux du Zoo de Saint-Édouard. Cette personne serait Alessandra Magini, qui désirait acheter le Zoo de Saint-Édouard avec Philip Ethier.

Le même document soulève que Normand Trahan aurait vendu des animaux exotiques afin de les offrir comme trophées de chasse.

Le résumé de la preuve récoltée lors de la perquisition d’octobre 2018 souligne que les animaux ne reçoivent pas les soins convenables, sont négligés et sont victimes de cruauté depuis plusieurs années. L’alimentation est déficiente, l’eau est absente ou de qualité douteuse et les conditions de garde sont sous optimales à totalement inappropriées pour un très grand nombre d’espèces: les espaces sont insuffisants et les équipements de protection contre le vent et le froid sont absents. Selon le rapport, de nombreux animaux étaient en danger imminent d’engelures ou de choc thermique pouvant conduire à la mort.

«Au cours de ma carrière, j’ai travaillé dans de très nombreuses institutions zoologiques en France, aux États-Unis et au Canada. J’ai visité et travaillé avec de petits zoos familiaux ayant très peu de moyens. Mais en 15 ans, je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui même s’approcherait des conditions que j’ai pu voir lors de cette perquisition au zoo de Saint-Édouard» dit la docteure Marion Desmarchelier dans son rapport, elle qui était présente lors de la perquisition d’octobre 2018.

La docteure Desmarchelier était aussi de l’équipe qui a perquisitionné le zoo le 21 mai. Le rapport associé à cette perquisition soulignait l’absence d’accès à de l’eau propre, la présence importante d’excréments et le constat d’installations non sécuritaires.

La dénonciation visant l’obtention d’un mandat général de la part de la SPCA mentionne que lors d’un interrogatoire, Normand Trahan aurait admis ne jamais consulter de vétérinaire, ne pas administrer de vaccins à ses animaux (seul un lionceau était vacciné) et ne pas leur apporter de traitements lorsqu’ils sont malades.

Toujours selon le document, Normand Trahan a admis que certains enclos sont déficitaires, que l’eau servant à abreuver les animaux était gelée lors de la perquisition (d’octobre 2018), que certaines de ses installations pour les animaux de climat chaud ne sont pas chauffées et que la plupart de ses animaux n’ont jamais été examinés par un vétérinaire. Il aurait aussi admis que plusieurs de ses animaux souffrent de problèmes de santé apparents dont se plaignent les visiteurs du zoo. Ces animaux sont cachés du public ou vendus.

Lors d’une visite de la SPCA, le 29 octobre 2018, un employé du zoo affirme que du chauffage est opérationnel dans l’enclos des primates.

Enfants griffés et mordus

La démarche de la SPCA de Montréal l’a amenée à demander différents documents reliés au Zoo de Saint-Édouard. Selon un document remis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, un macaque a griffé un enfant de 17 mois en juin 2015, alors qu’un enfant a été mordu à l’oreille en août 2016 par un lionceau blanc. À la suite de cet incident, les employés du zoo ont perdu l’autorisation de sortir le lionceau afin que les visiteurs ne s’en approchent pas.

Au moins trois visiteurs adultes ont été mordus par un jeune zèbre lors d’incidents survenus en juin et en juillet 2016.

Selon le rapport de la Faune, le Zoo de Saint-Édouard avait son permis de garde d’animaux pour 2018-2019.

Magini et Ethier comme témoins

Mme Magini et M. Ethier, ces deux jeunes promoteurs qui voulaient acheter le Zoo de Saint-Édouard et qui ont visité les lieux, ont participé à l’enquête de la SPCA de Montréal. Ils se sont présentés à la SPCA en décembre 2018 afin de fournir une déclaration selon laquelle Normand Trahan aurait refusé de soigner un kangourou dont la tête était penchée en permanence.

Selon le document légal, Alessandra Magini aurait demandé à Normand Trahan que le kangourou soit vu par un vétérinaire. M. Trahan aurait dit attendre que le kangourou meure.

Tommy Gagnon, propriétaire d’un complexe récréatif à Saint-Calixte (à l’ouest de Rawdon), affirme avoir souhaité se porter acquéreur du Zoo de Saint-Édouard. Toujours selon la dénonciation, il a été déçu par l’état des lieux. Il aurait souhaité acheter des animaux du Zoo, mais a renoncé en raison de leur état de santé, à l’exception de quelques-uns. Chaque vétérinaire ayant examiné un animal provenant du Zoo de Saint-Édouard aurait conclu que ledit animal aurait été négligé.

Une réponse possiblement mercredi

Normand Trahan devra attendre minimalement à mercredi avant de savoir si ses requêtes en restitution de biens pourront être débattues avant son procès criminel.

Le juge Rosaire Larouche a entendu, lundi au palais de justice de Trois-Rivières, la requête de la poursuite qui demande au président du tribunal de surseoir aux requêtes du propriétaire du Zoo de Saint-Édouard accusé de cruauté et de négligence envers ses animaux. Par le biais de ses requêtes, Normand Trahan veut reprendre ses animaux qui sont sous le coup d’une saisie menée par la SPCA de Montréal. Depuis la saisie du 21 mai, une soixantaine d’animaux ont quitté les lieux dans un premier temps et une dizaine d’autres ont été ou seront déplacés.

Selon la poursuite, Normand Trahan peut très bien faire part de ses requêtes, mais lors du procès portant sur ses accusations. Agir autrement serait une perte de temps. «Les animaux sont des éléments de preuve, ils sont les victimes de la maltraitance», a déclaré Me Julien Beauchamp-Laliberté, procureur de la poursuite, qui désire la confiscation des animaux du Zoo de Saint-Édouard comme biens infractionnels.

Me Michel Lebrun, l’avocat de Trahan, estime que cette cause en est une de bien-être animal et non pas de cruauté. Selon lui, c’est la loi du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui s’applique aux animaux sauvages (la poursuite affirme que le champ d’application de la Faune est différent des constables spéciaux de la SPCA de Montréal qui appliquent le Code criminel). De plus, Me Lebrun rappelle que son client possède un permis pour exploiter son entreprise et profite d’un délai de deux ans pour se conformer à la récente refonte du règlement sur les animaux en captivité. «Ici, ce n’est pas un crime contre l’ordre public, contre la personne, mais de biens», plaide Me Lebrun.

Le juge Larouche a pris la cause en délibéré et espère être en mesure de rendre son verdict mercredi. S’il a besoin de plus de temps, sa décision sera rendue le 19 juin. Advenant qu’il rejette la requête de la poursuite pour surseoir aux requêtes de la défense, celles-ci seront entendues plus tard.

D’autre part, la poursuite a annoncé lundi avoir amendé la période durant laquelle les gestes reprochés à Normand Trahan se seraient produits. Cette période qui était du 1er mai 2016 au 31 octobre 2018 est maintenant du 1er mai 2016 au 21 mai 2019.