Le ministère de la Sécurité publique affirme qu’une enquête administrative sur le décès du détenu du centre de détention de Trois-Rivières survenu le 21 août dernier.

Mal en point, un détenu décède après sa comparution

SHAWINIGAN — Un détenu est décédé en sortant du fourgon cellulaire pour retourner au centre de détention après sa comparution au palais de justice de Shawinigan, même si son avocate et la juge ont recommandé aux agents des services correctionnels de l’amener à l’hôpital. Un manque d’agents correctionnels serait à l’origine de cette décision de le ramener en détention plutôt qu’au centre hospitalier.

Lors de sa comparution, le 21 août dernier, pour non-respect de ses engagements, Gilles Cassivi n’allait vraiment bien. Son état de santé était visiblement préoccupant. Si bien que son avocate, Me Karine Bussière, et la juge Dominique Slater qui présidait sa comparution ont constaté ses problèmes respiratoires. Ces problèmes de santé étaient déjà connus des autorités, mentionne son avocate. Dans un extrait audio de sa comparution obtenu par TVA Trois-Rivières, on entend les discussions entourant l’état du détenu.

«La détention m’a demandé d’agir rapidement avec la comparution de M. Cassivi parce qu’il ne se sentait pas bien. Plusieurs autres personnes se sont rendu compte que monsieur n’allait pas, dont la juge», affirme l’avocate de Gilles Cassivi, Me Karine Bussière qui mentionne également que le procureur de la Couronne avait aussi constaté la condition de l’accusé. «La juge a recommandé que monsieur reçoive les états de santé requis par son état.»

Sur l’enregistrement audio de l’audience diffusé par TVA Trois-Rivières, on entend clairement les directives de la juge Dominique Slater aux agents correctionnels. «Je vous recommande que monsieur reçoive tous les soins de santé requis par son état. Alors le service de détention devra faire le nécessaire pour que monsieur, si nécessaire, soit conduit à l’hôpital ou à l’infirmerie», a mentionné la juge lors de l’audience. 

À la suite de cette recommandation de la juge, la responsabilité d’amener l’homme à l’hôpital incombe aux agents correctionnels. Lorsqu’une personne est condamnée par un tribunal, elle est sous la responsabilité du ministère de la Sécurité publique. Me Karine Bussière précise qu’un juge ne peut pas ordonner aux agents des services correctionnels d’amener un détenu à l’hôpital. Il n’a qu’un pouvoir de recommandation.  

Me Karine Bussière, l’avocate de Gilles Cassivi, le détenu décédé le 21 août dernier lorsqu’il retournait au centre de détention après avoir comparu alors que son état de santé était préoccupante.

Louise Quintin, relationniste à la Direction des communications du ministère de la Sécurité publique (MSP), confirme qu’un détenu est décédé le 21 août dernier au centre de détention de Trois-Rivières et que des mesures sont prises pour découvrir les circonstances du décès. 

«Le MSP a déclenché une enquête administrative afin de faire la lumière sur les circonstances de cet événement. Il a également avisé le Bureau du coroner qui fera enquête», a-t-elle également confirmé.

Gilles Cassivi est un homme qui avait des problèmes sociaux et de santé mentale. Il était connu des policiers et du système de justice notamment pour des vols et des non-respects d’engagements. En accordant une entrevue sur son décès, son avocate, Me Karine Bussière, ne souhaite pas jeter le blâme sur qui que ce soit. «C’est de voir ce qui s’est passé et ce qu’on peut faire pour que des événements aussi tristes n’arrivent pas», soutient-elle. «Il n’avait pas vraiment de famille et les gens ne se soucieront pas qu’il soit décédé. C’est triste à dire, mais c’est la vérité. Et nous, en tant qu’officiers de justice, on n’a pas de contrôle sur ça. Est-ce que ça devrait être le ministère de la Santé qui s’occupe de la médecine en milieu carcéral? Pourquoi est-ce que c’est la Sécurité publique qui s’en occupe?»

Me Karine Bussière comprend que les services correctionnels peuvent manquer de personnel et de ressources, mais elle affirme que notre charte des droits et libertés, qui est enchâssée dans la constitution du Canada, doit normalement garantir le droit à la dignité de tous les citoyens. «C’est important que les gens comparaissent à la cour lorsqu’ils le doivent, mais pas de là à mettre leur vie en péril», soutient l’avocate. «En 2011, la protectrice du citoyen avait sorti un rapport et elle faisait état de tous les problèmes en milieu carcéral. Mais rien n’a changé.»