Luigi Coretti, l’ex-propriétaire d’une agence de sécurité, a un passé plutôt trouble.

Luigi Coretti en froid avec la Haute-Gatineau

Luigi Coretti, connu pour avoir été au cœur d’une véritable tempête nationale mêlant des allégations de fraude et de corruption politique, en 2010, s’en prend aujourd’hui à la classe politique de la Haute-Gatineau, à commencer par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée.

Le Lavallois poursuit, pour 1,5 million $, la ministre Vallée, à titre personnel et de Procureure générale du Québec, ainsi que le directeur général et un conseiller municipal de la Ville de Maniwaki, Daniel Mayrand et Maurice Richard. La poursuite, déposée au palais de justice de Laval, le 14 juin, vise aussi la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, et enfin le président de l’Association de sauvetage de l’Outaouais (ASO), Serge Lacoursière.

Dans sa missive, Luigi Coretti dit avoir échappé d’importantes subventions, en plus d’avoir été victime de diffamation, alors qu’il tentait d’implanter un programme de sauvetage et de recherche en milieu isolé.

Luigi Coretti dit avoir été victime d’atteinte à sa réputation, et réclame des dommages pour des pertes financières encourues.

Il allègue que son projet régional a été écarté par les décideurs régionaux, sous les ordres de la ministre Vallée.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée est au nombre des personnes visées par une poursuite intentée par Luigi Coretti.

Projet

M. Coretti voulait mener à bien son projet, par le biais d’un organisme à but non lucratif « Anishnabe Nation of Ottawa River Watershead (ANORW) Police & Emergency Service of Ottawa Watershed », dont il est l’un des directeurs apparaissant au Registre fédéral des corporations. L’ANORW a déjà été connu sous d’autres noms, comme celui de Service et ambulance médicale Rive-Nord.

Équipé de VTT et d’autres véhicules d’urgence, l’organisme a pour mission de secourir des personnes en danger en milieu isolé.

M. Coretti, qui dit avoir reçu la collaboration de la communauté de Kitigan Zibi, a voulu réunir les responsables des autres services d’urgence des environs, afin de promouvoir son projet.

Selon la requête judiciaire, M. Coretti a signé en mars 2018 « une entente concernant l’implantation et le fonctionnement d’un service de premiers répondants de niveau 3 pour la réserve de Kitigan Zibi » avec le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO).

Une rencontre réunissant les chefs pompiers de la Vallée-de-la-Gatineau et l’organisme de M. Coretti a été organisée, mais le jour de la rencontre prévue, le 1er mars dernier, le chef pompier de Lac Ste-Marie, Martin Lafrenière, l’aurait avisé que celle-ci était annulée.

Toujours selon M. Coretti, ce sont les directeurs généraux des villes invitées, dont celui de Maniwaki, qui ont indiqué à leurs chefs pompiers de ne pas se présenter à cette réunion.

Cette ligne de conduite aurait été donnée par la préfète de la MRC, Chantal Lamarche, qui aurait elle-même reçu la directive de la ministre de la Justice et députée de Gatineau, Stéphanie Vallée, de ne pas toucher à cette affaire.

Diffamation

Dans la même poursuite, Coretti allègue que la ministre Vallée « a clairement avisé les participants » d’une rencontre organisée ce printemps « qu’ils devaient éviter de faire affaire avec Luigi Coretti, ou de négocier tout contrat auquel il serait mandataire (...) à cause de sa prétendue mauvaise réputation. »

Alors que la classe politique interdisait aux chefs pompiers de la région de signer quelque entente que ce soit avec lui, M. Coretti attendait toujours l’aval du ministère des Transports pour l’obtention de financement (452 000 $) pour son projet de recherche et de sauvetage.

Il semble, selon la requête de M. Coretti, que la préfète Lamarche a souligné aux directeurs municipaux que « la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau pourrait perdre une importante subvention si ANORW et/ou Luigi Coretti étaient impliqués au contrat ».

Une autre demande d’aide financière, de 462 000 $, lui aurait été refusée après une enquête de la Sûreté du Québec menée, dès 2017, auprès « de certaines personnes de la région sur les activités (...) de M. Coretti ».

Toujours selon le document déposé à la Cour supérieure, « Martin Lafrenière a confirmé cette information à Georges Lafontaine, agent du conseil tribal (Anishinabeg) qui a transmis par courriel l’information (...) à l’effet que la directive émanait de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée et à Chantal Lamarche ».

M. Coretti dit avoir été écarté d’autres réunions entre l’ASO et les responsables municipaux, en mai.

Il accuse en outre Maurice Richard et Serge Lacoursière d’avoir « tenu des propos malveillants et diffamatoires » à son égard.

Cette semaine, la préfète Lamarche et la ministre Vallée on fait savoir à la station de radio CHGA, à Maniwaki, qu’elles ne commenteraient pas le dossier, dont le retour est prévu le 17 juillet au palais de justice de Laval.

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LE PASSÉ TROUBLE DE LUIGI CORETTI

Luigi Coretti est l’ex-patron de BCIA, une agence de sécurité pour laquelle il a été accusé d’avoir maquillé ses états financiers entre 2005 et 2010, afin d’obtenir du financement d’institutions financières.

Cette même compagnie avait fourni à l’ancien député libéral Tony Tomassi une carte de crédit, ce qui a valu à ce dernier une accusation, en 2011, d’avoir accepté « un prêt, une récompense, un avantage ou un bénéfice » en échange de son influence en tant que député auprès de son gouvernement.

Tony Tomassi a été démis de ses fonctions et expulsé du caucus libéral en mai 2010. 

Un arrêt des procédures, en 2016, a épargné Luigi Coretti des accusations de fraude, de fabrication de faux et d’usage de faux pour avoir produit des bilans comptables surévalués, qui pesaient sur lui.

Appelé à commenter son dossier impliquant son projet avorté dans la Haute-Gatineau, vendredi, M Coretti a préféré garder le silence.

Il a cependant été plus volubile lorsqu’il est revenu sur les raisons qui ont mené à son acquittement, en 2016.

M. Coretti dit répéter à tout un chacun que l’arrêt des procédures ordonné dans ce dossier n’était pas le résultat direct de l’arrêt Jordan sur les délais déraisonnables.

Selon la lettre signée par le procureur aux poursuites criminelles et pénales, le 15 novembre 2016, il s’agit en effet d’une autre procédure nommée « nolle prosequi ».

Cette mesure légale est, en fait, un arrêt des procédures demandé par la Couronne, alors qu’une « requête Jordan » est plutôt déposée par la défense, qui évoque des délais déraisonnables pour son client.

La décision de faire cesser les procédures est la même dans les deux cas, et engendre l’acquittement de l’accusé. Le ministère public, dans cette même lettre, a par ailleurs évoqué les nouveaux enseignements de la Cour suprême, dans l’arrêt Jordan.

Le ministère public entrevoyait alors une telle demande de la défense, et a choisi de déposer un arrêt des procédures en « nolle prosqui ».